PETITE MUSIQUE DU SEREIN

09 | juillet | 2006 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

PETITE MUSIQUE DU SEREIN

Tissant ce frêle mais unique bon heur

Promeneur solitaire

Je voy bien plus clair en temps serain*

Apprenant à vivre à propos

Sans donner de conseils

Cherchant liberté secrète

Sans lanterne à montrer

Ou lustre de chaudronnier

Promeneur des mots à choisir un à un

Et tous ensemble

Comme ces Praticiens du Rêve **

Qui nous tiennent « éveillés »

*

* Michel de Montaigne

**Michel Perrin

TU LIS DES POÈMES

tu lis des poèmes

ronds bien faits

sympathiques finalement

mais qui s’effondrent

au second regard

tu lis des poèmes

à mesure que tu les

récris à ta manière

tu lis des poèmes

chiens d’aveugle

tu lis des poèmes

au revoir et merci

tu lis des poèmes

trous noirs galaxies

du sang d’encre

dans du lait de brebis

tu lis des poèmes

qui n’en finissent pas

de commencer

c’est leur marque

de fabrique

tu lis des poèmes

qui t’agassent

qui te gavent

et te cavent les yeux

tu lis des poèmes

tu ne sais plus

si c’est bien toi

qui les écrivit

tu lis des poèmes

inattendus

de ceux qui ont attendu

leur dernier souffle

pour être lus

tu lis des poèmes

en perdant leur fil

ce sont les pièces

que tu préfères

tu lis des poèmes

de boue en boules

journaux de papier

de feu et de sang

tu lis des poèmes

une fois dernière

dans la sciure de bois

d’un cirque enfantin

tu lis des poèmes

d’insectes de gratte-ciels

de craie sur un ciel noir

de bananiers dans la neige*

*une fantaisie du peintre Wang Wei

 tu lis des poèmes

tu lies les bottes secrètes

qui brûlent les yeux

des poètes égarés

J’ÉCRIS TOUTES LES NUITS

J’écris toutes les nuits

en retard d’une journée

passée à réfléchir

les rayons et les ombres

d’un présent fragmenté

J’écris toutes les nuits

en avance d’un jour

dont nulle heure n’est cochée

sur un calendrier

J’écris toutes les nuits

en retard d’un secret

sur le bout de la langue

d’un stylo qui hésite

entre deux mots

J’écris toutes les nuits

en avance d’un jour

dont je ne sais quelle nouveauté

provoquera remous

J’écris toutes les nuits

en retard d’une ivresse

eau de vie jetée

sur ton portrait de pierre

J’écris toutes les nuits

en avance d’un jour

qui sera le dernier

LAVANDES ET CAFÉ NOIR

Sûrement assurément ces notes de copiste sur le motif: abeilles sur les lavandes éclatantes, fourmis en file sur une branche de laurier rose. Sûrement assurément ce que fait aussi le copiste : ces lignes sans ratures et sans grâce particulière, le café qu’il a versé dans le mazagran et qu’il boit noir. Et pour ce qu’il pense, ce qu’il sent, non vraiment sûrement, assurément, il vaut mieux en rester là. Cependant s’il retourne la page qu’il avait prise au hasard sur la table de lecture, il en a pour mille ans de paître les lavandes violâtres, de suivre les fourmis idolâtres, d’opposer chant et contre chant…et de reprendre du café noir.

05 | juillet | 2006 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

L’INFIME DU PARADIS

Avec la fenêtre de l’été brûlant

Les vents tournants de Provence

Les abricots de ce matin à pleins paniers

La terrasse où respire le chèvrefeuille odorant

Une romance de Gabriel Fauré

Mon épouse bénie des hasards volontaires

Les tentatives d’écritures sans prétention

Les marques partout présentes de l’Univers en mouvement

Et les amis et amies d’humaine condition

05 | juillet | 2008 | POÉSIE MODE D’EMPLOI 05 juillet 2008

LA OTRA VOZ

AU FOND

 C’EST CELA QUE NOUS VISONS :

     la possibilité d’une petite famille de lecteurs

            plus préoccupée des autres

                que de soi-même

                et qui peut-être

                  – qui sait ? –

            jour après jour agrandit à son insu

      son invisible mais constante lignée…

           celle qui n’impose rien à personne

 mais qui s’obstine à maintenir l’exigence d’une autre voix

                           la voie poétique…