LE CADEAU SANS FIN


J’entre pour la vingt quatre millième fois (évaluation chiffrée non garantie) dans un livre
Il est nouveau je viens de le choisir dans l’unique librairie de ma ville de 50 mille habitants
Le livre me renvoie d’entrée (l’auteur titre élégamment Ardoise d’entrée) à un fragment de Borges tiré d’Éloge de l’ombre
Un peintre écrit-il lui avait promis un tableau il vient d’apprendre que le peintre est mort et le tableau par conséquent perdu
À sa place préétablie Borges se dit qu’après tout ce tableau non lié à ses couleurs et formes existe en quelque façon non comme vanité matérielle mais comme promesse immortelle
The unending Gift

10 avril 2025 18h12

PARLER À TON ESPRIT DE TOUTE ÉTERNITÉ

Je t’écris avec mon crayon qui parle au papier

Je t’écris comme cousent le monde les Indiennes Kuna

des îles San Blas au nord du Panama

Le monde a plusieurs couches

En chacune vivent plusieurs esprits

Coudre le monde c’est les visiter

T’écrire au crayon papier c’est te revisiter

Toi qui naquis comme aujourd’hui un 10 avril

Et dont le cœur cessa de battre un 25 mai

Je te l’écris comme si ce n’était pas vrai

Comme disent les mythes

qui cousent leurs secrets

pour l’éternité

mola de l’éternité

ENTRE DEUX SOMMES

Pousser la porte sur le vide

La page vierge à convertir

Faire lever comme le blé

Au travers de la nuit

Des images se forment

À sauts et à gambades

Comme un livre des merveilles

Un devisement du monde

Entre bourdes et fables

Et la suite jusqu’à la chute

Où sommeil non la mort

Va nous fermer les yeux

LE CHANT PERDU DE L’ALOUETTE

Mais où sont passées les alouettes
Avril sans oiseau
C'est un poème sans mots
Un cerisier sans fleur
Une nuit sans lune
Une histoire sans fin


Et l’alouette dit le savant
Déroule avant l’aube
Son chant nuptial
Le plus modulé et subtil
du printemps
Un poète en somme
Qui défie l’obscure menace
Sa seule arme
Son chant et l'amour
Qu’il invente
Au cœur de la nuit même

Danielle Nabonne

Can vei la lauzeta mover
De joi sas alas contra’l rai
Que s’oblid’ e’s laissa chazer
Per la doussor c’al cor li vai

Bernard de Ventadour

Quand je vois l’alouette mouvoir
De joie ses ailes de soleil
Puis s’oublie et se laisse choir
Tant la douceur au cœur lui vient

(une de mes traductions)