PAGE BLANCHE SUR ISLA NEGRA

09 | juillet | 2012 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

PAGE BLANCHE SUR L’ÎLE NOIRE

He dormido contigo toda la noche Mientras la oscura tierra gira con vivos y con muertos

Ni la noche ni el sueño pudieron separarnos

Pablo Neruda

*

J’ai dormi cette nuit

Sur la plage blanche

assis en croupe

sur la voie lactée

*

J’ai dormi dans un zodiaque

parti de Valparaiso

pour faire le tour

d’Isla Negra

*

« J’ai dormi avec toi toute la nuit Pendant que tourne l’obscure terre des vivants et des morts Ni la nuit ni les rêves ne purent nous séparer »

*

J’ai dormi murmurant ces trois vers du chant général de l’univers

pour le repos des amoureuses et des chers disparus

dans leur dernier ahan

LE MONDE ET SES REFLETS

09 | juillet | 2008 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

LE MONDE ET SES REFLETS

L’abricotier n’en peut plus

ses branches frôlent l’herbe   tant les fruits se sont multipliés

Les maçons d’à côté rehaussent la maison

Et la tortue commence ses pérégrinations

Elle va vers la page où veloutent les feuilles les fleurs et les tomates

vertes encore comme des billes ou ce bon cœur des Amérindiens

avant que l’Espagnol ne vienne le pourrir…

 Et puis Soleil trop chaud m’empêche de développer

    le monde et ses reflets

PETITE MUSIQUE DU SEREIN

09 | juillet | 2006 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

PETITE MUSIQUE DU SEREIN

Tissant ce frêle mais unique bon heur

Promeneur solitaire

Je voy bien plus clair en temps serain*

Apprenant à vivre à propos

Sans donner de conseils

Cherchant liberté secrète

Sans lanterne à montrer

Ou lustre de chaudronnier

Promeneur des mots à choisir un à un

Et tous ensemble

Comme ces Praticiens du Rêve **

Qui nous tiennent « éveillés »

*

* Michel de Montaigne

**Michel Perrin

LIRE POÈMES LITANIE

tu lis des poèmes

ronds bien faits

sympathiques finalement

mais qui s’effondrent

au second regard

.

tu lis des poèmes

à mesure que tu les

récris à ta manière

.

tu lis des poèmes

chiens d’aveugle

.

tu lis des poèmes

au revoir et merci

.

tu lis des poèmes

trous noirs galaxies

du sang d’encre

dans du lait de brebis

.

tu lis des poèmes

qui n’en finissent pas

de commencer

c’est leur marque

de fabrique

.

tu lis des poèmes

qui t’agassent

qui te gavent

et te cavent les yeux

.

tu lis des poèmes

tu ne sais plus

si c’est bien toi

qui les écrivis

.

tu lis des poèmes

inattendus

de ceux qui ont attendu

leur dernier souffle

pour être lus

.

tu lis des poèmes

en perdant leur fil

ce sont les pièces

que tu préfères

.

tu lis des poèmes

de boue en boules

journaux de papier

de feu et de sang

.

tu lis des poèmes

une fois dernière

dans la sciure de bois

d’un cirque enfantin

.

tu lis des poèmes

d’insectes de gratte-ciels

de craie sur un ciel noir

de bananiers dans la neige

(une fantaisie du peintre Wang Wei)

.

 tu lis des poèmes

tu lies les bottes
secrètes

qui brûlent les
yeux

des poètes égarés