LE LIVRE PERDU

Le livre, je ne sais plus où je l’ai rangé  parmi les autres livres ou bien à une place inaccessible pour les mortels.

C’était un livre sur l’absence, un livre sur la présence de nos absents dans le chant d’un oiseau par exemple, une expression perdue ou ce petit coin de jardin où repoussent chaque printemps nos iris.

Voilà et dernière précision c’est toi qui l’avais écrit ce putain de livre qu’il faudrait absolument que tu retrouves,  mort ou vif.

LE RELAIS

Tout est confus, insaisissable.

Le sommeil dans la nuit passe sans bruit.

Chevaux du temps hantent les rêves.

Des oiseaux teints de rouge piquent leur dos.

Tout cela on dirait se fait sans moi qui prose ces vers maladroits, mais qui parlent parfois à l’oreille d’une autre.

C’est du moins ce qu’elle m’écrit quand elle prend à son tour le relais.

MARCELINE

Que mon nom ne soit rien qu’une ombre douce et vaine

Qu’il ne cause jamais ni l’effroi ni la peine

Marceline Desbordes-Valmore

Des images et des songes

Mis bout à bout en vers

Quelquefois gais quelquefois sombres

On connaît d’elle les roses de Saadi

Ses vers à l’improviste la tenaient à flot

Dans le fleuve noir de sa vie

Faire des recueils de poésie

C’était prendre sur soi-même

En mètres vibrants où la musique

Tâchait de vaincre le chant des pleurs

Avec les roses à la mer en allées

LES POÈTES EN HERBE

J’aime les poètes en herbe

Quand on les sent perdus

Mais qu’ils ne rechignent pas

À leurs invocations

O toi qui m’apparus

Dans le désert  des rues

Ils mettent à la voile

Ils chantent comme ils aiment

Rires et douleurs

J’aime leur innocence

Car ils n’ont peur de rien

Hymnes à la Vérité

Pensées des morts

Romances sans paroles

Mais un jour

Adieu commencements

étincelants

Adieu ivresse des premiers pas

L’ennui et la répétition

les ont annihilés

L’herbe verte a jauni

BLEU ROI

Ce livre qui vient de paraître est un livre rare, précieux, unique pour ceux et celles qui perdent parfois leurs couleurs et même tout ce qu’on appelait naguère « la beauté », les notes qui s’aiment, les pierres qui montent des Babels, le Verbe et ses compléments ses appendices…

Faute de couleurs, nous nous devions suffire d’une plume et de son encre de Chine, secrétée de la poche de noir d’une seiche, c’était alors notre langage.

Un langage à partager et à faire turbuler.

JJ Dorio 9 janvier 2025