RIEN N’ÉTAIT ÉCRIT

Les choses de la langue

Or des signes fleuris

Un monument de mots

De morceaux ajointés

Ou qui se désassemblent

On arrive peu ou prou

Au but à l’épilogue

Au bout de ce chemin

Fragile et incertain

C’est le temps des adieux

D’une vie singulière

Où rien n’était écrit

DIRE ES TRAUCAR LO SILENCI

Dire es traucar lo silenci
Escriure es dire
Paraulas escantidas
Quand escriure
Bota fuòc a la lenga

Brasàs que belugueja
Dins la nuòch

Coma l’estèla lo vèspre de Nadal

Escriure per comolar l’abséncia
E revirar en mots
L’indefugibla sentida de la vida


Escriure, viure, dire
La sinfoniá inacabada del mond
Dins una abraçada longa
Al pas d’una farandòla descabestrada


Dire es traucar lo silenci

un envoi de Joan Pau Creissac

Dire c'est trouer le silence 

BOUTS DE TEXTES

Je perds sans cesse des bouts de textes

C’est ainsi écrire et perdre

Comme un tissu qui s’effiloche

Accrocs de l’espace et du temps

Bon vent mauvais vent

Quand les absents ont toujours tort

Et les présents s’amoncellent

Sous le sapin des souvenirs

On regarde la vague

Et l’on se dit que les guerres prolifèrent

Les fracas des haines emportent au loin les enfants

Alors nous pleurons sans larmes

En attendant l’aurore

Danielle Nabonne

Pour Poésie mode d’emploi

SOUS LE FORT DE BOUC

Je n’hésite jamais plus quand j’écris ainsi J’ai hésité naguère et même parfois raturé Je ne savais pas alors me préparer Être prêt à accueillir les lignes de mots qui composent les poèmes de nos vies Je n’hésite jamais mais ma page – cette page-là par exemple – peut demander pour s’écrire un temps très long Je la quitte des yeux Vois sans bien le regarder le paysage – une torchère, de petits bateaux et leurs sillons dans la passe maritime sous le Fort-de-Bouc – Et aussi pour faire peau neuve – ou peut-être plus simplement faire la peau au texte – Je laisse là ce frêle essai à reprendre un jour… ou jamais

1er janvier 2025

POUR ANTONIO TABUCCHI

Probablement n’ai-je pas encore résolu le dilemme de savoir sil s’agit d’un sentiment de culpabilité à l’égard du monde ou plus simplement d’un manque d’élaboration du deuil. A.T.

Mais elle est sans merci la mort qui frappe à l’aveuglette et ensuite que fait celui des deux qui reste ?

Pour l’instant il s’est mis en tête de lire jusqu’au bout Pour Isabel le roman posthume d’Antonio Tabucchi

Il ne sait pas ce que l’écrivain italien, lusitanien et français, avait lui-même dans la testa, en sous-titrant son récit un mandala

En attendant depuis la page 68 l’endeuillé écoute en sourdine Billie

C’est venu de l’épisode  » boîte de jazz » où l’on entend Everithing Happens to me en hommage à Sonny Rollins qui n’en finit pas de faire mourir ses ballades

Tout arrive et je ne doute pas qu’Antonio Tab. aurait été curieux de la confusion entre Isabel disparue sous Salazar et Billie Holiday une voix pour cent vies

Toi être en peine d’esprits en inadéquation avec le réel qui t’entoure  Toi devoir demander purification aux génies de la forêt

Il y a dix ans que j’ai laissé en plan les paragraphes que je viens de relire et partiellement de réécrire.

Depuis le temps, qui sait, mon écrivain mort a expérimenté d’autres coutumes et aventures modifiant son écriture.

Il est temps de conclure ce mandala là, par un point d’inachèvement

Martigues 1er de Janeiro 2025