J’AI BEAU LES RETENIR LES MOTS M’ÉCHAPPENT

 

J’ai beau les retenir les mots m’échappent
Je connais leur danger leur manque de réalité
Mais je suis dans l’arène le taureau est lâché
Je le cite je l’incite à passer à côté
Mais rien n'y fait
 
J’ai beau les retenir les mots m’échappent
Vaniteux mesquins égocentriques
Intrigants facétieux – Passez au large
leur dis-je Laissez-moi à ma guise robinsonner
 
Mais  ils ne m’écoutent pas
Ils s’écoulent sans cesse
Fleuves intranquilles Pierrots lunaires
Fils d’Ariane emmêlés
Sur mes cahiers raturés

 
Ils passent d’un lieu à l’autre
D’un livre terminé à un livre recommencé
Jusqu’au jour –cette nuit – où les mots enfin m’abandonnent :
Y con eso quedo dicho todo*
Voilà…tout est dit !
 
*derniers mots de Bartleby y compañia
Enrique Vila-Matas (2000)
 

J’AIMERAIS MIEUX PAS

J'aimerais mieux pas
Je suis entré dans la période Bartleby
Du jour au lendemain écrire de nouvelles lignes...
J'aimerais mieux pas

- Et ce que tu viens d'écrire ? me dit mon intime contradicteur.
-- Nuance, réponds-je, celles-là et les prochaines, je les recopie,
afin de me débarrasser définitivement de mes carnets, journaux,
papiers d'identités fictives,
tout ce fatras qui encombre ma bibliothèque.

J'aimerais mieux pas
- C'est votre denier mot Mr Bartleby ?
- I would prefer not to*

*Herman Melville (Bartleby,the Scriven)