J’ÉCRIS SANS INSPIRATION

J’écris sans inspiration -c’est le secret- c’est en écrivant qu’elle vient me titiller ou non…inexplicablement

J’écris lancé dans une giclée de mots qui vont faire des petits ou -comme à l’instant- s’interrompt un long temps…comme si je ne savais qu’ajouter

J’écris faisant jouer les couples Nécessité/Hasard Langage/Tangage Je/Jeu

J’écris en relisant la page en train de se faire en balbutiant en m’amusant à inverser les mots et les lignes

J’écris sans le Souci la grande terreur étreignant Kafka à son bureau de fonctionnaire contraint à une lamentable paperasserie

J’écris toutes les nuits sans que personne à mes côtés ne me fasse remarquer : Tu as vu quelle heure il est !

l’inspiration

J’AI ÉCRIT BIEN DES VERS

J’AI ÉCRIT BIEN DES VERS à la manière de poètes connu.e.s et inconnu.e.s J’en ai même recopié quand j’étais adolescent sur des feuilles de tabac que mon père faisait sécher sur des cordes tendues de clocher en clocher J’ai écrit sur le pont romain de Saragosse en lisant un été la vida del buscón (un roman picaresque pas piqué des vers) Un printemps sur Brooklyn Bridge j’ai écrit à côté d’un géant du jazz qui se prenait pour Saint Thomas J’ai écrit sur l’altiplano, les hauts-plateaux du Pérou, où l’on m’avait confié la clé d’une cahute en adobe, avec des crânes en provenance d’Incas factices et une cruche de chicha, leur maïs fermenté J’ai écrit dans le train qui me menait à Berlin Ouest au temps du mur, hérissé de barbelés, érigé par les camarades communistes de l’Est J’ai écrit comme un sourd parlant à des muets Aujourd’hui 30 mai 2023 j’écris cette dernière resucée, à une heure de la nuit avancée, sur mon bloc de papier, avant de transférer le tout, demain dès l’aube, sur poésie mode d’emploi, ce blog numérique que j’adresse aux rares lectrices et lecteurs-oiseaux de passage, en espérant qu’ils en prennent un peu de graines, pour les porter à leur tour et les faire proliférer, sur leur livre d’intimité

LES BESOINS ÉLÉMENTAIRES


J’ai besoin de lire des lignes
de poètes pouets pouets en ligne

J’ai besoin d’écrire des lignes
qui bêchent sarclent et qui vrillent

J’ai besoin de lire et d’écrire
le grain des mots et leur farine

J’ai besoin de moments digne
d’une vie arrivée au port

J’ai besoin de recueillement
de colliger les traces de mes insomnies

J’ai besoin de ne pas abandonner
Mes poèmes à leur sort

Et de compter sur eux
Au-delà de ma mort

25 avril 2023

ma lecture du 30 avril 2023 à 11h00 pile

ÉCRIRE APAISE

ÉCRIRE APAISE

Écrire apaise. Écrire accompagne nos fantasmes et nos fantômes. Écrire contrairement à parler -ce qui est dit est dit- autorise à la fin de la page à déchirer le mal écrit. Écrire désarçonne. Écrire nous force à chercher notre assiette. Écrire nous forme. Écrire un roman (de Renart) se fit dans la jubilation du désordre. Écrire c’est toujours lire ailleurs si j’y suis. Écrire c’est maille à partir avec soi-même comme un autre. Écrire c’est faire une enquête de terrain sur l’organisation sociale des peuples sans écriture. Écrire c’est trobar leu-chanter clair et trobar clus– pour les initiés. Écrire c’est chaque nuit en résidence non surveillée dans son lit. Écrire c’est sans écrire en marchant sur des chemins de fortune écoutant des conversations diffusées sur France Culture en podcasts. Écrire c’est la mère des batailles de la langue toujours toujours recommencée. Écrire c’est cette présence qui nous a fait oublier chemin faisant que l’on écrivait.

ce fragment vient d’être publié dans Le Journal des poètes dans la rubrique Libres propos Merci en le livrant ainsi à la curiosité d’autres lecteurs que ceux de ce blog de l’avoir fait grandir

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