DES MOTS DE MON ENFANCE

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DES MOTS DE MON ENFANCE

Des mots de mon enfance

ont disparu dans le dédale

de l’histoire qui oublie





les rebouteux

les pleins et déliés

de la gauloise

trempée dans l’encrier

du pupitre





Qui oublie

le joug liant

Mulet à Mascaret

le bœuf blanc et le tacheté

les tours de saucisse

qui pendaient au plafond





les punaises

de bénitier





les maux de poitrine

qu’on guérissait

le dos plein de ventouses

passées à la flamme





(le reste manque…)

APPÉTIT SANS EXCÈS

UNE PAGE
sortie des forges
du dieu boiteux

APPÉTIT SANS EXCÈS





Appétit

sans excès

Applaudissements

sans mains





Chouette

de Minerve

Volant le soir

à l’heure blème

de la philosophie





Jarre

de vin noir

où baigne

Diogène





Fables de

La Fontaine

Marquise

de Valéry





Dédicace

au lecteur

lectrice

inconnue





Écriture

à la gauloise

à la sergent major





Bouclier d’Achille

sorti des forges

du dieu boîteux

qui porte

les cornes

de Vénus

J’AI VU PRÉVERT FUMER SON PETIT NINAS





J’ai vu Prévert fumer son petit ninas et Ferré ses celtiques

Moi qui ne suis rien j’ai fumé le havane – Monte Cristo n°3 – et la pipe de bruyère en fleur

J’ai vu les paysans de mon village faire une pause dans les champs et ouvrir religieusement

leur blague à tabac sortir le papier Job pour y rouler leur scaferlati –appelé aussi « gros cul »

J’ai vu une copine actrice de 68 fumer comme un pompier ses gauloises vertes de peur –

de peur de se sentir vide sans richesse intérieure

J’ai vu l’amérindien polir la feuille de tabac sur sa cuisse puis la couper à la machette et en faire une petite boule à conserver entre ses dents – quand il crachait c’était tout noir comme le soleil de Nerval

La pipe de Guillaume Apollinaire était d’écume – de ces pipes qu’on fume en levant son front chantait Brassens l’homme aux multiples bouffardes posées sur leur râtelier

J’ai sous les yeux l’image de la plus célèbre pipe de l’histoire de la peinture et pourtant ceci n’est pas une pipe écrivit au-dessous d’une écriture impeccable René Magritte

Mon écrit peut maintenant comme l’âme qui s’échappe des défunts finir en fumée…

manuscrit
20/04/2020
08h15