PERDRE L’HABITUDE

PERDRE L’HABITUDE

Qui t’a donné une philosophie aussi gaie ?

 -L’habitude du malheur.

Beaumarchais (24 janvier 1732 Paris-18 mai 1799 Paris)

L’habit d’éTude d’une forme flottante sur un papier gris bleu

Si j’étais musicien mugicien

j’écrirais un madrigal

pour loup de mer pris en ses rets

pour luth d’Arcangelo Corelli

pris en ses ré dièses

Mais ici je flotte j’écris d’un jet de dictionnaire :

écoulement généré par une quantité de mouvement ou une flottabilité initiale et se développant le plus souvent dans une ambiance au repos

J’écris précisément depuis la Hourquette d’Ancizan Hautes Pyrénées

sur ce bloc gris bleu que je me suis mis en tête de saturer d’écriture

ce 24 mars 1977 -précisément- avec un stylo feutre bleu fin


L’ORCHESTRE Ellington, c’était, pour nous,  » la famille  » Ainsi s’exprime l’opinion globale de ses musiciens interrogés. Une famille où quelques-uns continuaient de s’aimer en se faisant la gueule, en parlant peu ou pas du tout, des mois durant, comme Hodges et Bigard, mais où chacun éprouvait le sentiment de participer à une communauté sans équivalent. Vingt-cinq ans après l’avoir quittée, un de ses membres gardait l’impression, toujours, d’y appartenir. Cette troupe, unie par quelques affinités et beaucoup de hasards, puis d’habitudes et d’intérêts, un livre de Stanley Dance nous la fait découvrir hors de la scène, dans les coulisses et les hôtels où elle se détendait, les wagons Pullman où elle se prélassait, les exténuants autocars où elle bourlinguait. À  » la famille « , on reprocha, sur la fin, d’être devenue patriarcale, alors qu’elle était collégiale, au début. Mais on n’en continuait pas moins de se trouver et de se retrouver, en son sein, mieux qu’ailleurs. La plupart des grands fugueurs y revinrent : Hardwick, Tizol, Hodges, Cootie.

Lucien Malson Le Monde de ce 24 mars 1977

J’écris je laisse aller le projet

je serais metteur en Seine

tu serais ma noyée

réanimée par le bouche à bouche amoureux

breveté par la croix rose bonbon

Je lave chaque matin mes métaphores dans le lavoir du village plus haut nommé

Lavoir aux alouettes où passent les rumeurs du monde rouge sang amours jaunes

Le bœuf aux sept cornes la vague d’Hokusai multipliant le mont Fuji

Apprendre un peu chaque jour un cœur d’oiseau primevéral battant la chamade

Apprendre un max l’imagination inscrite dans l’horizon d’un monde indicible impensable

L’imagination est l’exploration de cet impensable à travers l’effort qu’elle déploie pour s’étendre

Paul Ricœur Cours sur l’imagination Chicago 1975

CENTON (31 à 35)

CENTON & MISCELLANÉES

EN COURS D’ÉCRITURE

CENTON Pièce faite de fragments d’étoffes rapiécés, si l’on veut. Ou bien l’étoffe se transforme en textes divers puisés dans nos livres et que l’on « colle » l’un après l’autre. Des ajoutages lit-on dans les notes accompagnant les paragraphes mis bout à bout, d’une œuvre qui n’en finit pas d’être rafistolée. 

J’invite lectrices et lecteurs au gré de leurs lectures d’apporter à leur tour leurs petites pièces, leurs petits bouquets de citations.

JJ Dorio Martigues 18 novembre…23 décembre 2023

31

Je suis déjà un peu parti, absent.

Faites comme si je n’étais pas là.

Ne me secouez pas.

Je suis plein de larmes.

32

Il faut dire les choses comme elles sont : la fonction de la littérature est, depuis toujours, d’exprimer, elle ne sait quoi,

sans savoir comment.

33

L’imagination n’est pas contrairement à l’étymologie, la faculté de former des images de la réalité.

Elle est la faculté de former des images qui dépassent la réalité,

qui chantent la réalité.

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GLANES Chaque jour et la nuit par intermittence, je cueille ma poignée de glanes : citations (et récitations), récits de vie, mémoires des morts, étymologies des dictionnaires, phrases étirées des prosateurs ou condensées des poètes. Poignée de glanes, bouquet de bagatelles et de calamités, que m’offrent aussi les journaux qui rivalisent de titres « approximatifs », comme l’homme de Tzara (ex Dada), qui n’est pas le fragile marcheur de Giacometti, ni le coq déplumé lancé dans l’assemblée par Diogène le Cynique s’exclamant : -Voilà l’homme de Platon. (Diogène prenait ainsi au pied de la lettre la définition du maître de l’Académie : « l’homme est un animal bipède sans plumes ») Chaque nuit et le jour je libère cette énergie, antidote des modes et des « servitudes volontaires », pour redonner tout son prix à nos inestimables et vulnérables vies.

35

L’œuvre d’art se reconnaît à ceci qu’elle précède et ne suit jamais la théorie qui la fonde. C’est son génie et notre chance.

31 Henri Calet (3 mars 1904-14 juillet 1956) dernière note sur son carnet avant sa mort feu d’artifice !

32 Armand Hoog (17 décembre 1912-10 septembre 199)

33 Gaston Bachelard (27 juin 1884-16 octobre 1962)

34 Jean Jacques Dorio (24 mars 1945-…)

35 André Brincourt (8 novembre 1920-22 mars 2016)

36

Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple.

37

Si jamais je devenais célèbre personne ne le saurait.

SE RÉINVENTER

SE RÉINVENTER  C’est quand vous voulez, quand vous en avez assez de brasser le vent des feuilles mortes de votre « époque » et que vous ressentez, à l’inverse, le besoin de vous replonger un instant dans les alizés spirituels qui passent sur les phrases impossibles à lire sans un long, immense et raisonné, dérèglement de tous les sens. C’est quand vous désirez entrer dans un monde où vos souvenirs se mêlent, telles « ces fissures, failles, bigarrures de coloration qui dans certaines roches révèlent des différences d’origine, d’âge, de formation. » C’est quand vous voulez amies lectrices, amis lecteurs, lisant et écrivant, associant et dissociant vos « idées », sans bouger ou en marchant, en silence ou faisant passer le texte en voix, entrant grâce aux pouvoirs d’un livre au pays de l’imagination mémorisée, vous perdant dans ses pages, corps et âme, pour avoir une chance de vous réinventer.

Avec Ortega y Gasset, Rimbaud et Proust.

LES ERREURS AMOUREUSES ACCOMPAGNENT MORPHÉE

 

Les erreurs amoureuses accompagnent Morphée
En ses Métamorphoses Il confond lis et rose
Ceignant les bras de son âme « espamée »
Proche par conséquent de tomber dans les pommes

En voyant en imagination sa maîtresse
Le voilà fol sourd muet et sans âme
Son propre cœur bondit et à nouveau « se pâme »
Le trop de joie entraîne sa tristesse

Vous perdez temps lui dit alors sa dame
Augmentant par ces mots sa passion
Que le poète nomme sa Cupidine flamme

Quand je relis cinq siècles après ces vers
Qui eurent en leur temps valeur et utilité
Je ne puis m’empêcher moi aussi d’en plourer

Mélanges : Pontus de Tyard, Ronsard, Philibert Bugnyon, Jean Jacques Dorio