Couinements et grimaces
Petits cris syncopés
J’assiste à un concert jazzy
Je vois les musiciens
Autant que je les entends
Puis je fais comme eux
Qui en jouant ferment les yeux
Et c’est le miracle
la musique improvisée
entre en moi et me métamorphose
Ne t’en fais pas et sois heureux
Tag Archives: jazz
SYLVAIN LUC
Boléro langoureux
Le thème nous enlace
Rigoureux et sans fioriture
Sans le bruit et l'ostinato
Du boléro de Ravel
Repris par Django
Puis vient 80 vs 2000
un titre énigmatique
Sylvain Luc se refuse
Aux facilités des virtuoses
Et aux greffes capricieuses
Issues de citations inappropriées
Notre guitariste protée
Ne sait pas hélas qu'il déroule ainsi
Les derniers accords d'un cœur
Qui va le lâcher
Il joue et répète ce thème lancinant
Qui ne fait jamais que semblant
de mourir...
HAÏKU 00:34
JE RÊVE DE LA DANSEUSE AUX PIÈCES D’OR
RÊVES EN PAGAILLE 7
Je rêve un truc de fou poursuivi par mon ami M. un fusil à la main comme s’il voulait me faire la peau Je m’enfuis allume son auto puis veux l’éteindre parce que je le vois arriver et que le bruit du moteur va me confondre Je rêve d’un nommé Gallène (un nom inventé) c’est un batteur de jazz et je suis à ses côtés Puis je vois d’autres musiciens arriver du fond d’un immense couloir On entend tamtam bruits de grelots arc musical Et voilà que surgit Nougaro S’ensuit une longue conversation sur le souffle et la pulse le set et le chorus et naturellement le be-bop Complètement impossible à rapporter dans cet espace carte postale Maintenant je me retrouve sur la Cour d’Honneur du Palais des Papes pour la Messe du temps présent Le final est troublé par un type à vélo au guidon chromé qui surgit d’un trou fait dans le mur de scène et qui crie Attention Mesdames et Messieurs la Messe n’est pas encore dite Préparez-vous à accueillir La danseuse aux pièces d’or vous la reconnaîtrez au tatouage en forme de serpent qu’elle a sur l’avant-bras gauche Soyez généreux !
lecture : voix féminine mécanique

rêves en pagaille 7
LE BAL À LUBAT
J’ai peur que nous ayons les yeux plus gros que le ventre et plus de curiosité que nous avons de capacités : nous embrassons tout, mais nous n’étreignons que du vent. Michel de Montaigne
LE BAL À LUBAT J’ai assisté à son premier Uzeste musical Mais surtout j’ai vécu le Chateauvallon 1976 avec ses potes Portal (aux saxophones), Beb Guérin (qui devait se pendre un jour aux cordes de sa contrebasse) et Francioli. Lubat, multi-instrumentiste comme dit la pochette, entrait sur scène avec un tas de poêles à frire étalées sur la scène, qu’il se mettait consciencieusement à rosser (y compris quelques tapes amicales) Il avait dû piquer les padènes (nom occitan) à sa maman gasconne (la mienne plus langue d’ocienne y faisait cuire la sanquette du dernier poulet qu’ils venaient de saigner avec mon paternel) Maintenant Lubat, c’est l’âge peut-être (né en 45 comme mézigue) il dépote à plein tube envoyant dans les cordes les petits djeuns qui font du piano comme des clones Tous (et toutes ?) les mêmes Tous excellents sur le papier mais secs en public comme des types (et des typesses ?) qui n’ont rencontré aucun obstacle dans leur vie Bon si l’on rembobine Lubat en 70-72 il intervient sans trop piger le truc chez les dingos de La Borde dans le cadre qui n’en est pas un de la psychothérapie institutionnelle (sic) crée par Jean Oury à 15 km de Blois dans un château entouré d’un bois où les loups les fous pouvaient se balader en écoutant des ballades jazzées (pour une demande d’admission le patient peut lui-même adresser un courrier pour dire ce qui lui arrive et ce qu’il attend d’un séjour à la clinique) Dans cette cli(ni)que-là le Jazz improvisé faut croire que ça donnait des idées aux (im)patients incertains quant à la place de leur cogito De même qu’aux musiciens en herbes secouées de vents incertains mais non de touches de piano ou d’accordéon (chromatique ou diatonique ?) Alors donc Lubat au détour cette interviouve de 6 pages en A4 (Pratiques 2023 : improvisation/ incertitude/ doute/jeu/création/invention/pensée/rencontre/résistance/singularité/subjectivité/subjectivation/intersubjectivité/objectivité) fait maintes citations dont celle, en commençant d’une d’André Benedetto « L’obstacle comme lieu de passage » Un soir je l’ai rencontré à Port de Bouc avec les Cocos du chantier naval qui venait de fermer laissant une plaie béante après un demi-siècle d’activités Je l’ai exfiltré pour l’amener dans notre logement déguster un foie gras fait maison par ma mère Suzanne (elle ne se contentait pas d’élever poules et lapins) On est allé au balcon sous la lune de Paradis Saint Roch et nous nous sommes racontés nos origines familiales populaires et cocasses Après l’homme du théâtre des Carmes, Lubat cite Glissant glissant sur le méli-mélo-mélée (de rugby) d’ « une poétique de la relation » (c’est un peu ronflant, non ?) Chargeant au passage le bouc émissaire Macron Avouant malgré tout que lui aussi est l’invité (il ne dit pas à quel prix) du Conservatoire de Paris pour faire tourner des « ateliers d’improvisation générative » (sic) Ça doit pas être coton si l’on en croit les questions qu’il pose (et se pose encore un peu à lui-même, je suppose) -Qu’est-ce que vous foutez là ? Vous venez pour vos oreilles ou pour votre oseille ? Le bal à Lubat ça tourne mal à cet instant où : Je pense que l’art n’a jamais été aussi dans la merde Je pense qu’on ne joue plus. On répète on simagrée. Je simagrée, tu simagrées (de canard !) La suite c’est quand même plus coton,en particulier, après avoir rappelé, quand même, ce qu’il doit (non apparemment il doit rien à personne) à Michel Portal et à Claude Nougaro, il évoque une collaboration (mais on ne sait pas laquelle) avec Luciano Berio. Ça c’est mon terrain de jeu, si je (que je manifeste pour la fois première) puis dire. Berio 68 comme Mai, comme la Sinfonia, sa grande partition-collage de Malher, Schömberg, la valse de Ravel, l’Agon de Stravinsky, l’inévitable (à cette époque) Stockausen. Collage ô mon collège de vacarmes et d’heures perdues à recoller les morceaux de culture générale O King O King O Luther O Martin O l’assassin du rêve du pasteur assassiné ce 5 avril de 68 (le jour des vingt-trois de Cohn-Bendit) Et puis au début de la Sinfonia Il y avait il y avait il y avait une fois un indien un indien à la chasse les frères les frères les Pléiades (le chemin des indiens morts qu’avec mon compère Michel Perrin nous suivions sur le territoire de Goajira en décembre 68 précisémment) ce mythe nous retiendra très longtemps Et clac je referme mon Steinway ce 10 avril 2023 Merci Lubat Merci copain Alain qui m’a envoyé l’interviouve et merci Sophie qui va jazzmagaziné tout ça…
DORIO 10 AVRIL 2023