TROIS SETS DE NUIT





C’est la nuit avancée
Bientôt cinq heures

J’ai fait un premier set 1
Autour de minuit
Où j’ai poursuivi lisant mes livres de chevet
la pensée prolifique de mes êtres de papier

Un second vers trois heures
Où j’ai écrit un poème
À pas de mouche
et quelques aphorismes

Maintenant c’est la troisième manche
Où vont se refermer (l’heure aidant)
les portes de l’insomnie

Après le dernier somme
(s’il vient)
J’aurai la chance en ouvrant mes volets
d’apercevoir 
la mer en allée
avec le soleil 2
(naissant)

Et à nouveau commencera ce jour
Où jouant avec l’éternité
Je boirai le temps
À grande gorgée 3


1 partie d’un concert de jazz 2 Rimbaud 3 Abbas Beydoum (Libanais né en 1945)

DES SIRÈNES À VAPEUR RAUQUES





L’œil voit l’image

L’oreille écoute le vers





Est-ce que ça te parle ?

En tout cas ça a de la gueule

Et puis c’est réversible





C’est l’excédent que produisent

des sirènes à vapeur rauques comme des huées





On est loin du marché bric à brac

de la poésie





L’œil voit le vers

et le rouge

L’oreille écoute l’image

du temps perdu

et retrouvé





Cette mer allée

avec le soleil





italiques

Blaise Cendrars (Pâques à New York) 1912

Arthur Rimbaud





JJD 28/09/2020

UNE PIROGUE DES PONTS ET DU JAZZ

UN DICTIONNAIRE À PART MOI
EN DÉSORDRE ALPHABÉTIQUE






DIPLÔME

Je me souviens qu’il a fallu que je m’y prenne à deux fois pour obtenir les épreuves pratiques du professorat d’enseignement général des collèges. La première j’avais choisi le sonnet des Aveugles de Baudelaire : Contemple-les mon âme ils sont vraiment affreux et pour la seconde ce texte glaçant de La Bruyère : l’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne…Finalement j’aurais pu faire un mixte des deux, mais je crois que je serais à attendre encore l’obtention de mon diplôme.

NORMALOS JAZZ

Je me souviens de notre formation musicale les normalos jazz ; j’étais aux drums, réduits à une caisse claire, grosse caisse boum boum et cymbale, mon copain D. au saxo, De N. à la guitare d’accompagnement et j’ai oublié les noms du guitariste solo et du pianiste.

PIROGUE

Taillée dans un tronc d’arbre deux indiens « panarés » à la rame, elle vint nous chercher de l’autre côté de la rivière Túriba, pour nous amener à leur lieu de vie, une case commune la churuata, une aire en surplomb de la rivière et derrière ils avaient leur petit conuco, jardin de bananes plantin, de yuca, (manioc) et autres fruits que je n’ai plus en tête.

Je ne me souviens plus qui était mon compagnon d’Odyssée ce jour-là, mais cette traversée unique est devenue un mythe qui me poursuivra, jusqu’à ma dernière passe, vers le fleuve de l’oubli.

PONTS

Du modeste pont de mon village qui enjambe la rivière Arize et aboutit à la chapelle du Bout du Pont, au pont de Brooklyn franchissant l’East River, c’est d’un même pas que je les ai enjambés. L’un, à pied, en vélo, en auto, l’autre en m’arrêtant souvent pour observer, photographier, méditer, écrire « sur le motif ».