AP0CALYPSE NOW

Mais quel est le sens propre demandent les gens devant les poèmes imagés qui sortent du bois dormant
Dormant et causant à bâtons rompus sur le dos d’un temps enfermé dans des coffrets de santal
Cent ans de solitude et même un peu plus dit le conte à mourir debout au milieu des guerres à répétition
Les gens se figurent que c’est juste une audace de poète ancien qui écrivait d’oreille à Aurélia ses prophéties apocalyptiques
Dans l’hôpital de poupées éventrées dépecées que devient l’épouvantable monde les gens un bandeau sur leurs yeux ont besoin de croire que c’est juste une mauvaise publicité

SANS AVOIR BU LE MIEL NI RESPIRÉ LE VENT

Combien s’en sont allés de tous les cœurs vivants
Au séjour solitaire
Sans avoir bu le miel ni respiré le vent
Des matins de la terre


Anna de Noailles


Je vois la petite fille jouant à Marelle
Je vois le petit garçon qui donne des sardines aux chats traînant dans les rochers

Mais ce titre d’un journal
Donnant la liste des petites Alice
Et des petits Marcel
Étripés par les bombes russes
Non mille fois non
Je ne veux pas le voir

Je relis des poèmes thématiques sur l’enfance
Où il est question de Nils Holgerson :

Petites filles qui ressemblez étrangement
 aux petits garçons blonds cheveux longs
qui vous accompagnent 1

J’emprunte à nouveau les pistes imaginaires
Des majuscules enlacées
Et des cœurs sur les chênes
Où l’on se promettait 
De ne jamais mourir

Je repense à l’enfant précoce de René-Guy Cadou
Qui ne disait rien sur l’amour
(pour ne pas mentir)

Et à la petite Alice et au petit Marcel
(c’est plus fort que moi)
Je susurre cette complainte de plain-chant
la nuit contre mon cou 2
Quand avec mon amour
Nous respirions de concert
(encore une heure encore un jour)



1 Daniel Biga  2 Jean Cocteau