ALICE HORS DU TEMPS

Faut être louf pour lire Alice à cent sept ans dit Père Noël à Mère l’Oie en sortant de la mare; ils boivent les paroles traduites de l’anglich et trinquent à Confusion dans un fracas de verre. Grandir, rapetisser c’est ce qui arrive aux v/d/ieux, en suçant des gâteaux trempés dans de l’eau de vie. Ils lisent le passage où Chenille bleue suçant le narguilé questionne notre héroïne : – Mais toi qui tu es ? – Je je ne sais plus très bien dit Alice. Jé J’étais une petite fille quand je me suis levé ce matin, mais, Mai Paris Mai, depuis j’ai subi tant de transfoformations que je je m’y perds. – Voyons, dit Chenille bleue, pour que tu puisses rassembler tes Esprits, récite-moi « Vous êtes vieux Père William ». Alice soudain inspirée anticipe une chanson française des années Caussimon-Ferré : « Monsieur William vous manquez de tenue Qu’alliez-vous faire dans la V° av’nue ? » Cette histoire continue à n’avoir ni queue ni tête disent les vieux loufs, et leur sourire reste en suspens un bout de temps entre deux pages de papier thé. -Voilà ce qui se passe quand on s’nourrit de mélasse dit la belle Métisse à Alice. Père Noël et Mère l’Oie tirent leur dernier trait. Ils sont assis en haut du pré où tintent les clochettes des enfants buissonniers.  On entend une voix qui court comme le furet et chante Ô mio tesoro  il est tard beaucoup trop tard Il fallait s’arrêter à sept ans de te raconter des histoires !- Pas du tout d’accord dit Alice qui pioche un valet de cœur avant de se glisser toute nue dans le lit de la Reine. – Et maintenant parlez-moi du Danemark dit-elle. Mais ceci est une autre paire de manches et le spectre de Lewis refuse cette version : To be or not to be ce n’est pas la question. Alice hors du temps traverse le non-sens des énigmes sans réponses et écrit sur la page de garde de son dernier roman : À mon cher Papa Chéri Chou,  Je ne crois pas que les histoires soient jamais achevées.

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UN TEXTE À REMBOBINER

Pâle lune du matin semblable à une méduse Je note limage sur mon carnet avant de me rendormir La nuit fut voyageuse en des mondes dOdyssées Les pérégrinations dUlysse Les merveilleuses découvertes dAlice Le mythe du chemin des Indiens morts recueilli par Compère Perrin 1  

Avant de massoupir jai eu le temps de raviver les braises dun feu de branches soutenu par quelques souches de mon olivier qui na pas résisté à la sécheresse de lété Jai revu ce faisant le foyer de la forge où le maître des lieux (« le faouré ») préparait les fers rouges puis blancs, afin den chausser les bœufs tenus par des sangles au « Travail » Ça sentait la corne brûlée, non la corne de brume doù émerge mon radeau de survie de limagination poétique : épilobe, oxalide, phalaris, trois mots rares épinglés pour les écrire à lencre de Chine sur un papier bible, fin comme le papier cigarette que jachetais naguère en demandant au buraliste : un Job sil-vous-plaît.

Il était pauvre comme Job, elle a remis sa rob Cest lévocation de ce pauvre vieux assassiné dans la chanson du père Brassens parce quil navait pas un sou vaillant à donner « à une de vingt ans » dont il avait demandé les faveurs Assassiné Assassinat Ah ! Ça ira ça ira ça ira dit la Carmagnole, une femme qui haïssait Madame Véto Les neuf muses, seins nus, chantaient la Carmagnole Un retour de printenps pour une Révolution commencée dans la Joie terminée dans le Sang des têtes tranchées

Mon texte lui aussi est en train de perdre sa tête filant son mauvais coton Un bon prétexte pour le boucler mais sans se défiler Il tappartient lecteur de réenrouler la bobine

COMPÈRE PERRIN : COMPADRE  

Avoir pour ami un « ethnologue, directeur de recherche au CNRS, enseignant à l’EHESS, dont les travaux portaient sur la mythologie, le symbolisme et le chamanisme (entre autres) » et qui m’envoya, sitôt sortis, tous ses livres, m’a permis de lire une abondante littérature spécialisée. Il est vrai, qu’au début il lui arrivait de me dire les indiens nous pardonneront, phrase à méditer, mais qui, en l’occurrence, rappelait les liens personnels que nous avions tissés, « sur le terrain », allant tous les deux au printemps 1971, à la rencontre de nos premiers « sauvages », les indiens « Panarés » vivant principalement dans l’état Bolivar du Venezuela. Ils nous avaient accueillis alors que, en train de danser et chanter, ils pratiquaient le rituel de la récolte de la canne à sucre. 

Cette nuit, je consulte son « dictionnaire comparé de Sciences Humaines » (écrit à quatre mains), qui au fil des pages me donne l’étrange sensation d’être à mon tour ce sauvage « acculturé ». Mais, enfin, découvrant l’article « Compadrazgo », ce rituel fréquent en Amérique du Sud, me ramène à nos relations personnelles, puisque nous devînmes « Compères » quand il eut le bon heur de me demander d’être le « parrain » d’une de ses filles. 

Michel Perrin (1941-2015) : Le chemin des indiens morts, Les praticiens du rêve, Le chamanisme, Tableaux Kuna, Voir les yeux fermés, Visions Huichol.

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PERSONNAGES GUIDÉS PAR LES TRACES PHOSPORESCENTES DES NUITS MAGNÉTIQUES

J’ai le goût des mots qui parfois m’entraînent dans des territoires où je me perds avec délices et orgues. Avec Alice et l’orque de la Terre de Feu.

Jai le goût des arabesques et des chinoiseries de Tchouang Tseu dont le rêve du papillon échappe à toute logique dun monde conçu par le seul Descartes.

J’ai le goût des cartes (en effet), celles des arcanes majeurs du Tarot de Marseille, dont j’écrivis les poèmes toute une année. Un poète pape de la Géopoétique les lut avec plaisir, pour leur « puissance de langage et d’image », mais il ne pouvait les publier « à cause de leur côté systématique (les Tarots justement) -j’aurais préféré, ajoutait-il, La Montagne des Signes 1(un de mes testes dédié à « la Papesse ») 1 sans les tarots ! » (sic).

Jai le goût de la perte (non de la perdition). Perdue pour perdue, une vie à létoile filante cousue main magnétique des Constellations de Joan Miró.

Jai le goût de ses « personnages dans la nuit guidés par la trace phosphorescente des escargots » Escargots Caracoles savourés au comptoir du plus célèbre restaurant de Barcelona

Jai le goût des tobogans où lon dévale et lon avale les mots qui nous entraînent avec délices et orgues, lorque dAlice, les arabesques dun papillon de Chine et les arcanes des personnages guidés par la trace phosphorescente de nos nuits magnétiques.

      1 LA PAPESSE TARAHUMARA

Les tarots hument l’air de la montagne des Signes. La Papesse assise sur un siège blanc contemple la roche percée de mythes en lambeaux. Une image de la mort s’en extirpe arrachant la peau du langage et tenant sur son poing un aigle à tête d’enfant. De la montagne descendent chargés de peyotl les indiens aux manteaux brodés poinçonnés de croix de points de larmes et d’éclairs. La Papesse se lève et disparaît dans une bouffée de nuit laissant dans la brièveté du repos le corps tourmenté de la montagne.

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LA NAISSANCE AVENTUREUSE D’ALICE LIBERTÉ CHÉRIE

Le tout le rien parler se taire passer ou sarrêter sur un nom une personne une voix un souffle Souffler nest pas jouer Jouer aux jeux dAlice au jardin des Temps suspendus 1 Au pays des mots et merveilles où toute forme nouvelle fait sens Alice Alizée Alices adventures in Wonderland Alice Lidellen barque sur lIsis sur liris de lœil de ce lapin à redingote qui court après son retard retard retard Regarde comme le tout le rien ont ouvert cet espace comme on ouvre sa peau où tambourinent mille échos de livres avec de petits signes sur chaque page Mr et Mme Page ont le plaisir de vous annoncer la naissance dAlice Alizée Alizea Alisson Richards mais le faire-part hélas ne dit ni où ni quand une souris verte qui courait dans labécédaire laura rongé Ronger nest pas ranger ses outils de jardin ses houes ses binettes ses fourches et fourchettes achetées à Leroy Merlin Merlin Merlin Tiens tiens ce sacré malicieux magicien Myrddin Merzhin Connaissez-vous le nom de son scribe ? Celui qui dit à sa mère de « ne jamais se mettre en colère et de garder une bougie allumée en permanence dans sa chambre » quand on écrit des touts et des riens et des longtemps je me suis couché de bonne heure pour bourlinguer parmi des rêves de voyages insensés les seuls qui donnent sens à « lirrépressible bouillonnement intérieur » (ce doit être une citation)Le scribe de Merlin vous laurez deviné sappelait Blaise mais ce que vous ne pouviez imaginer cest que ce soit lui qui fit naître Alice sur un ferry de lEast River un jour béni de Pâques à New York 2 cent mille violoncelles annoncèrent la naissance de Mademoiselle Alice Liberté Chérie

1 Jacqueline Saint-Jean Les mots dAlice 2 Blaise Cendrars Les Pâques à New York

Martigues 20 juillet 2022 une nuit où cependant que j’écrivais ce « tout ou rien » j’entendis le  petit cri sorti d’un rêve de ma petite fille Alice Richards Dorio

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LES ARBRES ENFANTS

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants

Charles Baudelaire (Correspondances)


Mathis mon petit-fils devint, à sa naissance (28/02/2016) un mimosa (jaune comme sur les toiles de Pierre Bonnard.)
Alice, fille de mon autre fille (02/02/2022), est ce cerisier du Japon, qui montre déjà un mois après sa rituelle plantation, ces premières fleurs blanches.

Les arbres des deux sœurs mères, mes filles bien-aimées, furent un pommier et un tilleul plantés dans un jardin d’Ariège dont je n’ai plus la clé.

Ainsi sont les arbres de notre micro-histoire qui dans la forêt des fables et des symboles font entendre leurs paroles familières, éphémères couleurs d’éternité. 


Martigues 06/03/2022


sur les arbres il est un site de poésie et de peinture merveilleux

https://eloge-de-l-arbre.over-blog.com/



ARBRES ENFANTS Dorio 11/03/2022