L’ÉCRITURE C’EST COMME LA VIE

C’est comme la vie trop vite finie

On n’est jamais sûr d’avoir tout compris

Anne Sylvestre Manèges (sa chanson ultime)

L’ÉCRITURE patiente, obstinée, minutieuse, décomplexée, sensible, intellectualisée, défiant la page vierge et les choses qui résistent, excluant le « moi » encombrant de l’auteur.e, délirante, attentive au rapport entre le signifié et le signifiant, agitée, assise dans l’oubli, euphorique, dysphorique, traduite d’une langue inconnue, colorée, dégrisée, phénoménologique, ultra-sensible, jouissive, illusoire, surréaliste, avers et revers de notre rapport au monde. La seule chance de savoir ce que tu vois, ce que tu entends, ce que tu touches, ce que tu pressens, ce que tu recherches, ce que tu sais, ce que tu crois savoir, ce que tu comprends, ce que tu ne comprends pas…c’est en l’écrivant.

hypnographie pour Alice détail page 3

FASTE VERBAL

FASTE VERBAL Langage en fête Faites l’amour avec les mots sortis du chapeau de l’artiste De son gueuloir où il élimine les phrases trop juteuses À son coup de dés où par hasard sortent quelques pages de poésie pure Un peu de spleen dans le brouillard la demi-brume londonienne Beaucoup d’éclairs la nuit surtout quand la chevêche d’Athéna darde son œil jaune sur les pages des Essais, les paperolles collées sur des cahiers d’écoliers débordant d’écriture, les phrases d’un Sisyphe ermite de Croisset Faste verbal Vaste potlatch où le don que l’auteur fait au lecteur, l’écrase et l’annihile, s’il ne peut exercer lui-même ce contre-don d’écriture en vis-à-vis, s’il ne peut coucher sur le papier son monde à lui ou elle,  commun et singulier : En lisant, en écrivant 1  Multipliez-vous Croissez Tant que vivez Batifolez en ces jardins d’Eden, où les sentiers page à page, bifurquent Comme l’éclairage de votre roman change selon l’âge où vous le lisez Selon que la vie vous aura plongé peu à peu dans le grand sommeil ou vous aura maintenu, lecteur aux aguets, en mouvement. Enfin elle ouvrit la porte. Le cri des gonds avait sans doute vainement frappé l’oreille du meurtrier. Quoique son ouïe fût très fine, il resta presque collé sur le mur, immobile et comme perdu dans ses pensées. […] Mais bientôt, soit qu’Hélène eût laissé échapper une exclamation, soit que l’assassin revenant du monde idéal au monde réel, entendit une autre respiration que la sienne, il tourna la tête vers la fille de son hôte, et aperçut indistinctement dans l’ombre la figure sublime et les formes majestueuses d’une créature qu’il dut prendre pour un ange… 2 Cherchez et vous serez à nouveau dans ce roman balzacien, à la fois la fille, l’assassin et l’ange de la nuit qui veille avec ses grandes ailes brunes sur le faste verbal de toute littérature.

1 Julien Gracq 2 Balzac La femme de trente ans

LIRÉCRIRE pour le CONTER





« J’AIME LES LIVRES. J’aime leur monde. J’aime être dans la nuée que chacun d’eux forme, qui s’élève, qui s’étire.»

Pascal Quignard (L’homme aux trois lettres. Dernier royaume, XI.)

« Et je me rendormais un peu, oubliant toutes ces bêtises.»

Franz Kafka (La Métamorphose)

J’ai écrit comme je respire, et sans masque à papier.

JJ Dorio (55 fragments de littérature)





Avant que je ne disparaisse, avant que ne se dérobe mon étrange identité, je pratique le plaisir de faire mouvement sur une page blanche, vierge de toute écriture, en utilisant la ressource dictée par Julien Gracq : en lisant, en écrivant.

-Alors, tu vas encore faire ça ?

-Oui, bien sûr, de haut en bas, et de long en large.

-Et comment passes-tu de ton activité de lecture, à celle de ton écriture ?

-Eh bien…comme ça. Sans vraiment y penser, à sauts et à gambades.*

*Montaigne

(55 FRAGMENTS DE LITTÉRATURE)
texte en cours 

masques à papier (hypnographies) 25/11/2020

LECTURE MUETTE OU CHANTÉE









Lecture muette et solitaire

Demande lecteurs (é)mus et solidaires

En état légèrement d’hypnose





Ainsi lisant j’ai chevauché

Ces presque vers scindés en trois

Qui vont me conduire jusqu’en bas





de la page veux-je dire

Art des vers semblable selon Malherbe

à celui du jeu de quille





« Alors tu la tires ou tu la pointes ? »

Alors tu les chantes

Ou tu les lis muets « dans ta tête »





Ainsi lisant et écrivant

J’ai pris le vent j’ai pris la houle

Loin des poètes et de la foule





lecture vocale