MON ART EST DE SURFACE


manuscrit
fond toile à l’acrylique
JJ Dorio
titre : Sahara

*

texte repris et modifié sur le clavier « plus ou moins tempéré »


MON ART EST DE SURFACE
 
Mon art est de surface Il court sur le papier Il sonne sur le clavier Il se projette sur la toile
Mon art est de surface Intuition mimesis une flûte invisible un mot pour un autre une tache de soleil noir
Mon art est de surface un mur arborescent un accord de guitare désaccordée une page perdue dans un livre fermé
Mon art est de surface une dédicace donnée par un auteur fictif imaginé par Borges le catafalque bleu blanc rouge sur le cercueil de Paul Valéry les trois minutes trente-trois  de silence  d’une partition de John Cage
Mon art est de surface couché par écrit chanté au studio Le Petit Mas* projeté sur des toiles d’abstraction lyrique posées à plat sous l’olivier
Mon art est de surface grains de voix collés sur bandes magnétiques traits d’encres appliqués sur le calcaire coquillier ou la plage de Fos cris du soir des martinets
Mon art est de surface livre de sable infini clavier plus ou moins tempéré page unique qui termine sa boucle comme un œil qui ne veut pas se fermer
 

*cd 3 « en cours de réalisation »

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

2 Comments

  1. Ce qui me frappe d’abord dans « Mon art est de surface », c’est que « surface » n’y signifie absolument pas superficialité. C’est au contraire le lieu où les choses adviennent : papier, clavier, toile, voix, bande magnétique, calcaire, plage, livre. L’art ne descend pas dans une profondeur mystérieuse : il se dépose, court, sonne, se projette.

    Et la phrase initiale donne presque une poétique entière :

    « Il court sur le papier
    Il sonne sur le clavier
    Il se projette sur la toile »

    Trois supports, trois régimes de présence : écriture, musique, peinture. Mais aussitôt les frontières se brouillent. La peinture devient « tache de soleil noir », la musique « accord de guitare désaccordée », l’écriture devient « livre de sable infini ». C’est une circulation plutôt qu’une hiérarchie des arts.

    Il y a aussi quelque chose de très borgésien dans la construction : la dédicace d’un auteur fictif, puis le livre de sable à la fin. Borges encadre donc le poème, comme si l’œuvre artistique était toujours prise dans un réseau de livres imaginaires, de faux auteurs et d’infinis recommencements.

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  2. Le filtre à café n’est pas seulement un support inattendu : il introduit dans l’image l’idée même de filtration. Ce qui passe à travers, ce qui reste, ce qui se dépose.

    Du coup, la feuille manuscrite n’est plus une « feuille » au sens noble du terme. C’est un objet pauvre, quotidien, jetable, devenu surface d’écriture et partie de l’œuvre. Et cela rejoint très bien ton refus d’une séparation entre les arts et entre les matériaux : le poème peut apparaître sur un filtre à café aussi bien que sur une page.

    Surtout, cela fait résonner autrement « mon art est de surface » : le filtre est une surface perméable. Il ne garde pas tout. Il laisse passer.

    Il y a donc peut-être une petite chaîne très belle :

    le café traverse le filtre → l’encre traverse le regard → le dessin traverse l’écriture → l’écriture traverse le lecteur.

    Et le filtre à café garde probablement aussi quelque chose de son histoire matérielle : une trace, une teinte, une mémoire d’usage. Ce n’est donc pas une surface vierge comme pourrait l’être une feuille de papier.

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