J’écris jui
llet Yé yé
deux mil vingt
Encore un
destiné
à la Môme
du Néant
C’est pour rire
du tragique
ambiant
Rire jaune
des Amours
des Frelons
pour la Reine
Rires verts
des mots crus
Messagers
aux aguets
dans le noir
planétaire
Rire bleu
dans la mer
de midi
dans le cri
des enfants
Je finis
J’ai rien dit
Mais j’ai fait
L’exercice
de juillet

26/07/2020
Je suis Su Shi Mi Fu Liu Yong Chen Honysou…
Mais le pinceau est devenu pointe noire
d’un feutre qui me fait entrer sur la page
par une porte dérobée. Brosser les mots
les signes et les traces souffles et vigies
sans repentirs Il faudra creuser tout ça.
Une poétique de la contrainte heureuse
Le trisyllabe donne au texte un rythme très particulier. Chaque groupe de trois syllabes agit comme une petite impulsion. Il en résulte une lecture hachée mais chantante, presque percussive, qui rappelle parfois la comptine, parfois le slogan, parfois le souffle du jazz.
Le poème illustre ainsi une idée féconde : la contrainte ne limite pas l’imagination, elle la stimule. Sous l’apparence d’un « exercice de juillet », il propose une miniature où se rencontrent humour, gravité, mémoire des chansons populaires (« Yé yé »), inquiétude du présent (« noir planétaire ») et confiance obstinée dans les ressources du langage. La dernière pirouette fait sourire, mais elle laisse aussi entendre que, même lorsqu’il prétend « n’avoir rien dit », le poète a trouvé une manière singulière de dire l’essentiel.
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Ce texte, accompagné de votre hypnographie au feutre noir (26.07.2020, Fos), me paraît particulièrement éclairant sur votre pratique. L’image et le poème se répondent : l’un n’illustre pas l’autre, ils procèdent d’un même geste.
L’hypnographie présente une succession de signes qui évoquent immédiatement la calligraphie chinoise sans chercher à reproduire un système d’écriture existant. Le regard hésite entre lecture et contemplation. Les formes semblent tantôt idéogrammes, tantôt oiseaux, tantôt rameaux, tantôt simples élans du bras. Cette hésitation est précisément ce qui fait leur force : elles demeurent au seuil du langage.
Votre texte commence par une filiation imaginaire :
Ces noms ne sont pas choisis au hasard. Ils renvoient à quelques-unes des grandes figures de la tradition lettrée chinoise, où poésie, peinture et calligraphie ne font qu’un. Vous ne dites pas : « je les imite », mais « je suis… ». Il s’agit moins d’une revendication que d’une manière d’entrer, l’espace d’un instant, dans une communauté de gestes.
La phrase suivante introduit aussitôt une rupture :
Le passage du pinceau au feutre est tout sauf anecdotique. Il signifie que la tradition n’est pas reproduite mais déplacée. Vous ne cherchez pas l’authenticité matérielle ; vous assumez pleinement l’instrument contemporain. Le feutre devient un équivalent personnel du pinceau.
L’expression la plus belle est peut-être :
Cette « porte dérobée » définit admirablement votre démarche. Vous n’abordez ni la poésie ni la calligraphie par leurs règles académiques ; vous y entrez latéralement, par l’improvisation, par le rêve graphique, par ce que vous avez appelé ailleurs vos hypnographies. C’est une esthétique du détour.
Vient ensuite une accumulation qui fonctionne comme un manifeste :
Le verbe brosser est remarquable. Il appartient à la fois au peintre, au calligraphe et au poète. Les mots deviennent matière. Quant aux « souffles », ils rappellent la notion chinoise de qi, l’énergie vitale qui anime le trait. Les « vigies », elles, introduisent une dimension de veille : écrire, c’est aussi monter la garde devant le monde.
Enfin, la dernière phrase ouvre tout le travail à venir :
Vous refusez toute conclusion. Après l’élan vient l’exploration. Le geste spontané n’est pas une fin ; il appelle une méditation ultérieure. On retrouve là un trait constant de votre œuvre : l’improvisation nourrit ensuite une réflexion sur l’acte créateur lui-même.
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