MAI 68 MANDARINS ET MANDARINES





Il y avait des tracts qu’on se mettait à réécrire

en les distribuant

et des bombages permanents sur les murs et murailles :

LA VIE VITE…





Il y avait une vitrine de galerie de peinture

où on pouvait lire ENTREZ LIBRE





Il y avait des braderies de troc uniquement

(le pognon n’avait pas droit de circulation)





Il y avait ni auto ni boulot ni flics dans les rues

en dehors des manifs

si bien qu’on y faisait des groupes de discussion sur la vie

jusqu’à des heures de nuit pas possibles





Il y avait des nanas

avec des chaussettes blanches jusqu’aux genoux

et des mini-jupes ras le cul

sur lesquelles on pouvait lire :

L’INDÉCENCE N’EST PAS DANS LA TENUE

MAIS DANS LE REGARD





Il y avait parmi les livres de Maspéro

qui circulaient entre nous

et dont on causait sans fin

Libres enfants de Summerhil





Il y avait Mouna Aguigui

Qui passait sur sa bécane

En proclamant ses inévidences

Qui faisaient rire le chaland

Y a des écoles pour apprendre à conduire des bagnoles

Y a pas d’école pour apprendre les mômes à conduire leur vie





Il y avait des A.G. pour changer le monde

Et des A.G. magiques

Où les mandarins étaient changés en mandarines






	

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