JE ME SOUVIENS LISTE SANS FIN





Je me souviens des crayons rouges de charpentier dont on mouillait la mine avec notre salive

Je me souviens des marionnettes avec de la ficelle et du papier

Je me souviens de l’an 40

Je me souviens du déluge

Je me souviens des courses en luge dans la vallée de Luz Ardiden

Je me souviens des vocalises

Je me souviens de la valise ou le cercueil

Je me souviens des aèdes et des funambules

Je me souviens des barricades mystérieuses en si bémol majeur

Je me souviens des Frères mineurs

Je me souviens de Jean Mineur et de Balzac 001

Je me souviens des Illusions perdues

Je me souviens des textes libres de l’école Freinet

Je me souviens de Sophie Desmarets de Charles Trénet et de Pierre Fresnay

Je me souviens de l’amour fou et du hasard objectif

Je me souviens d’Objectif lune

Je me souviens d’el Desdichado

Je me souviens du Soleil noir de la mélancolie

Je me souviens que ma mère disait qu’elle avait le cafard

Je me souviens des cucarachas dorées

Je me souviens du père Dorio

Je me souviens de Marie-Jeanne Guillaume qui s’est jetée du pont de la Garonne

Je me souviens du val d’Aran

Je me souviens des pastilles Valda

Je me souviens de Jean Valjean

Je me souviens des Misérables

Je me souviens que le cantonnier du village s’appuyait sur sa pelle pour faire un brin de causette

Je me souviens des fauvettes de mai

Je me souviens des chers corbeaux délicieux

Je me souviens enfant d’avoir déniché des petites pies

Je me souviens du dépit de l’homme à l’oreille coupée

Je me souviens des Alyscamps et de Paul-Jean Toulet

Je me souviens de Tous les garçons et les filles de mon âge

Je me souviens de Mona Lisa Gherardini épouse de Francesco del Giocondo

Je me souviens de Franco la Muerte

Je me souviens des arènes de Nîmes, de Madrid et de celles du Nuevo Circo à Caracas

Je me souviens des bidonvilles où les enfants disputaient la nourriture aux buitres, zamuros, oiseaux charognards

Je me souviens du faucon hagard

Je me souviens de Léthé fleuve de l’Oubli

Je me souviens d’estate chanson italienne devenue un de mes standards de jazz préféré

Je me souviens de Je hais les dimanches

Je me souviens qu’il faut savoir finir une grève

La grève de faire des listes sans fin de Je me souviens

11/09/2021
Complément 1

Les mots en guise de titres je les choisis après coup Après que de coups de dés en coups de non-dits les mots abolissent ma page Elle est bleue ce matin et j’y fais des sauts de carpes Et je m’y prélasse aussi quand le poisson doré prend la forme d’un oiseau-lyre Celui d’un poème de paroles que l’on avait composé sur la presse à doigts de l’instituteur Célestin Freinet Et son titre tintinnabulant qui nous avait tant excités je l’ai oublié 

Complément 2

Quand Vincent la veille de Noël 1888 se coupe non l’oreille mais le lobe (côté droit) on l’enferme en état de surexcitation dans une cellule de l’hôtel-Dieu d’Arles Puis c’est le retour progressif au calme entouré de ses êtres chers : son frère Théo, le docteur Rey, le pasteur Salles, le facteur Roulin et son épouse. « Écoutez, leur dit-il, laissez-moi tranquillement continuer mon travail ; si c’est celui d’un fou, ma foi tant pis. Je n’y peux rien alors. »





Complément 3

Dans Arle, où sont les Aliscams,
Quand l’ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,

Prends garde à la douceur des choses.
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton cœur trop lourd ;

Et que se taisent les colombes :
Parle tout bas, si c’est d’amour,
Au bord des tombes.

Paul-Jean Toulet, Romances sans musique, 1915

Complément 4

CUCARACHAS

Au Venezuela elles étaient dorées. Une nuit dans le llano, une petite vieille nous servit le plat typique, arroz con carne y plátano frito, le riz, les boulettes de bœufs avec banane frite ; nous mangions à la lueur d’une bouteille alimentée par du kérosène. Je ne sais ce que faisait là mon compagnon de repas, un Grec, que je ne devais jamais revoir. Moi, je venais de Caracas, avec un sac plein de médicaments, pour mon ami Felix, docteur d’une vaste zone, et cette nuit-là, on me logeait dans un dispensaire, à une demi-journée du lieu-dit où je devais le rejoindre le lendemain. Eh ! bien les cucarachas dorées? Elles grouillèrent, sous peu, autour de nous…mais nous continuâmes notre repas, devisant de je ne sais quoi, comme si de rien n’était.

« Un dictionnaire à part moi » à paraître

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :