Un bouquet d’orties blanches et de soleils noirs
Nos têtes sous les plumes du lit miroir
La guêpe ivre sur la margelle du puits
Puis changement de décor nos corps
Multipliés par sept mordant l’éternité
Que reste-t-il de nos joueurs de manille
Qui comptaient à la fin en silence leurs jetons
Ce troisième volet d’Images singulières possède quelque chose d’onirique et de funèbre à la fois, comme un rêve traversé d’éclats symboliques très matériels.
Le premier vers est saisissant :
Les contraires s’y nouent immédiatement : l’ortie — brûlure, friche, humble sauvage — devient blanche ; les soleils deviennent noirs.
On entre d’emblée dans une logique de renversement, presque alchimique.
Le “lit miroir” : lieu d’amour, de sommeil, mais aussi surface réfléchissante où les corps deviennent visions. Les “plumes” donnent à la scène une douceur étouffée, presque une chambre d’enfance traversée d’érotisme discret.
Puis survient cette image :
La guêpe apporte le danger minuscule, l’ivresse, le vacillement. Et le puits ouvre la profondeur : mémoire, désir, mort peut-être.
On retrouve ici votre manière de faire tenir ensemble le concret et l’insondable.
Le basculement :
donne au poème une accélération presque cinématographique.
Le chiffre sept agit comme un multiplicateur mythique : sept vies, sept reflets, sept métamorphoses. Les corps ne sont plus seulement présents ; ils deviennent prolifération du temps lui-même.
Et la chute :
Après les visions presque cosmiques, retour à une scène humaine, pauvre, précise : des joueurs de cartes silencieux au terme d’une partie.
Toute éternité semble finalement reconduite à quelques jetons comptés dans le silence.
Il y a là une très belle tension entre le surréel des images et une mémoire populaire presque familière.
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