BLANCHE ET NOIRE : LA NUIT

Nuit blanche sur la page

Sur la plage où brille

Le soleil noir de la mélancolie

.

Les mots s’en vont

Dans la nuit noire

Jouant du coude

Sous notre lampe

De chevet : chevêche,

Cheval de Troie,

Anomalies

,

Conte-moi Muse

L’aventure de l’Inventif

.

Poèmes ouverts

À la ronde :

Dans la nuit qui s’ennuie

À la prison de Fleury Mérogis

Dans les Nuées d’Aristophane

Dans la vie devant soi

de Romain Gary

.

Nuit blanche sur la plage

Sur la page où passe

Le vent des toits

Qui pleure et rage

Sur chaque ardoise

Où l’on écrit toutes les nuits

Tant bien que mal

Les couleurs de nos rêves

Join the Conversation

  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. « Conte-moi, Muse, les aventures de l’Inventif »

    renvoie directement à l’incipit de l’L’Odyssée dans la traduction de Philippe Jaccottet.

    Là où d’autres traductions disent « l’homme aux mille ruses », « l’homme aux mille tours » ou « le héros aux mille expédients », Jaccottet choisit cet admirable mot : l’Inventif. En un seul terme, il restitue l’intelligence mobile d’Ulysse, sa capacité à imaginer des solutions, à se transformer selon les circonstances, à survivre grâce à l’esprit autant qu’à la force.

    Dans votre poème, ce vers apparaît après :

    Les mots s’en vont
    Dans la nuit noire

    Cheval de Troie,
    Anomalies

    La présence du Cheval de Troie prépare discrètement l’entrée d’Ulysse. Puis surgit l’appel :

    Conte-moi Muse
    L’aventure de l’Inventif

    À cet instant, la nuit d’écriture devient une nouvelle mer Égée. Le poète insomniaque rejoint la longue lignée des auditeurs d’Homère. Les mots qui jouent du coude sous la lampe de chevet ressemblent alors aux compagnons, aux monstres, aux détours et aux ruses qui peuplent le voyage d’Ulysse.

    Le choix de citer Jaccottet me paraît particulièrement heureux dans votre contexte. Le mot Inventif pourrait désigner à la fois :

    • Ulysse ;
    • le poète ;
    • le langage lui-même, toujours en train d’inventer des passages entre les mots ;
    • le rêveur qui tente, « tant bien que mal », d’écrire les couleurs de ses rêves.

    Ainsi, votre allusion homérique n’est pas seulement une citation érudite : elle devient l’un des axes secrets du poème. La nuit blanche sur la page se transforme en odyssée intérieure, où l’écriture est elle aussi une navigation dans l’obscurité.

    J’aime

Laisser un commentaire