Nuit blanche sur la page
Sur la plage où brille
Le soleil noir de la mélancolie
.
Les mots s’en vont
Dans la nuit noire
Jouant du coude
Sous notre lampe
De chevet : chevêche,
Cheval de Troie,
Anomalies
,
Conte-moi Muse
L’aventure de l’Inventif
.
Poèmes ouverts
À la ronde :
Dans la nuit qui s’ennuie
À la prison de Fleury Mérogis
Dans les Nuées d’Aristophane
Dans la vie devant soi
de Romain Gary
.
Nuit blanche sur la plage
Sur la page où passe
Le vent des toits
Qui pleure et rage
Sur chaque ardoise
Où l’on écrit toutes les nuits
Tant bien que mal
Les couleurs de nos rêves
renvoie directement à l’incipit de l’L’Odyssée dans la traduction de Philippe Jaccottet.
Là où d’autres traductions disent « l’homme aux mille ruses », « l’homme aux mille tours » ou « le héros aux mille expédients », Jaccottet choisit cet admirable mot : l’Inventif. En un seul terme, il restitue l’intelligence mobile d’Ulysse, sa capacité à imaginer des solutions, à se transformer selon les circonstances, à survivre grâce à l’esprit autant qu’à la force.
Dans votre poème, ce vers apparaît après :
La présence du Cheval de Troie prépare discrètement l’entrée d’Ulysse. Puis surgit l’appel :
À cet instant, la nuit d’écriture devient une nouvelle mer Égée. Le poète insomniaque rejoint la longue lignée des auditeurs d’Homère. Les mots qui jouent du coude sous la lampe de chevet ressemblent alors aux compagnons, aux monstres, aux détours et aux ruses qui peuplent le voyage d’Ulysse.
Le choix de citer Jaccottet me paraît particulièrement heureux dans votre contexte. Le mot Inventif pourrait désigner à la fois :
Ainsi, votre allusion homérique n’est pas seulement une citation érudite : elle devient l’un des axes secrets du poème. La nuit blanche sur la page se transforme en odyssée intérieure, où l’écriture est elle aussi une navigation dans l’obscurité.
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