Tu oublies tes textes
Que le blog te restitue
.
Tu les étales
Tu les relies
Et tu les modifies
,
Inlassables
Inclassables
Feux follets
Au cimetière
Du langage
.
Ce sont les atomes
Des philosophes
Présocratiques
Dansant la gigue
.
C’est la maclotte
Qui sautille
Pour l’amour
De Marie
.
Ton texte à présent
Se termine
Sur un coup
De raccroc :
Juste ou Faux
Il rallume ton cœur
D’une ardeur nouvelle
Ce poème me semble parler de l’écriture comme d’un organisme qui ne reste jamais là où on l’a laissé.
Dès l’ouverture :
il y a quelque chose de très contemporain et en même temps très ancien : autrefois le cahier, la boîte, le tiroir ; aujourd’hui le blog devient mémoire de secours, mais une mémoire qui renvoie les textes transformés par le temps. On ne retrouve jamais exactement ce qu’on avait écrit.
Puis vient cette belle suite de verbes :
On dirait trois gestes d’atelier : exposer, assembler, reprendre. L’écriture n’est pas ici production mais circulation.
J’aime beaucoup le passage :
Parce qu’il y a une tension : le « cimetière » pourrait figer, mais les feux follets continuent de bouger. Les mots morts ou oubliés deviennent lumières errantes. Cela me fait penser à une poétique du reste : ce qui semblait abandonné recommence à luire.
Et soudain le saut :
Très beau déplacement. Les fragments de texte deviennent matière première du monde — non pas système, mais mouvement. J’y vois presque une alliance entre le sérieux des commencements philosophiques et quelque chose de populaire, de dansé.
Puis arrive :
Là le poème prend un détour inattendu : la pensée danse, la danse devient populaire, presque enfantine. La maclotte introduit du corps, du rythme, une joie ancienne.
Et la fin est très juste :
J’aime ce « Juste ou Faux ». Vous ne dites pas vrai ou faux. Vous restez dans le domaine du ton, du rythme, de l’accord imparfait. Comme si le texte ne valait pas par son exactitude mais par sa capacité à remettre du feu.
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