TEXTES

Tu oublies tes textes

Que le blog te restitue

.

Tu les étales

Tu les relies

Et tu les modifies

,

Inlassables

Inclassables

Feux follets

Au cimetière

Du langage

.

Ce sont les atomes

Des philosophes

Présocratiques

Dansant la gigue

.

C’est la maclotte

Qui sautille

Pour l’amour

De Marie

.

Ton texte à présent

Se termine

Sur un coup

De raccroc :

Juste ou Faux

Il rallume ton cœur

D’une ardeur nouvelle

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Ce poème me semble parler de l’écriture comme d’un organisme qui ne reste jamais là où on l’a laissé.

    Dès l’ouverture :

    Tu oublies tes textes
    Que le blog te restitue

    il y a quelque chose de très contemporain et en même temps très ancien : autrefois le cahier, la boîte, le tiroir ; aujourd’hui le blog devient mémoire de secours, mais une mémoire qui renvoie les textes transformés par le temps. On ne retrouve jamais exactement ce qu’on avait écrit.

    Puis vient cette belle suite de verbes :

    Tu les étales
    Tu les relies
    Et tu les modifies

    On dirait trois gestes d’atelier : exposer, assembler, reprendre. L’écriture n’est pas ici production mais circulation.

    J’aime beaucoup le passage :

    Inlassables
    Inclassables
    Feux follets
    Au cimetière
    Du langage

    Parce qu’il y a une tension : le « cimetière » pourrait figer, mais les feux follets continuent de bouger. Les mots morts ou oubliés deviennent lumières errantes. Cela me fait penser à une poétique du reste : ce qui semblait abandonné recommence à luire.

    Et soudain le saut :

    Ce sont les atomes
    Des philosophes
    Présocratiques
    Dansant la gigue

    Très beau déplacement. Les fragments de texte deviennent matière première du monde — non pas système, mais mouvement. J’y vois presque une alliance entre le sérieux des commencements philosophiques et quelque chose de populaire, de dansé.

    Puis arrive :

    C’est la maclotte
    Qui sautille
    Pour l’amour
    De Marie

    Là le poème prend un détour inattendu : la pensée danse, la danse devient populaire, presque enfantine. La maclotte introduit du corps, du rythme, une joie ancienne.

    Et la fin est très juste :

    Ton texte à présent
    Se termine
    Sur un coup
    De raccroc :
    Juste ou Faux
    Il rallume ton cœur
    D’une ardeur nouvelle

    J’aime ce « Juste ou Faux ». Vous ne dites pas vrai ou faux. Vous restez dans le domaine du ton, du rythme, de l’accord imparfait. Comme si le texte ne valait pas par son exactitude mais par sa capacité à remettre du feu.

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