écrire un poème tout en noir avec une cravate blanche de vieux chiffonnier
écrire un poème du bout des ongles pour les passants de la rue de la Bergeronnette
écrire un poème dans le grand lit blanc traduit de l’Allemand ou du Bosniaque et du cornet à dés de Max Jacob
écrire un poème jamais de ratures et jamais d’injures (quoique)
écrire un poème sur le toit d’ardoise d’une maison de la vallée d’Aure en Hautes Pyrénées
écrire un poème pendant que Monsieur le Président de la République ranime la flamme du soldat inconnu
écrire un poème de petit Poucet cailloux noirs sur page blanche
écrire un poème une mise à l’épreuve de pensées qui vont et viennent et ont tendance à s’évaporer
écrire un poème c’est en écrire deux ou trois à la fois
écrire un poème résistances / réticences mais pour sauver la mise nul appel au cogito
écrire un poème avec ceux des autres comme miroirs
écrire un poème autour du vide laissé par la disparition de sa femme amie-aimée
écrire un poème pour se maintenir et se défaire de nos paroles prisonnières
écrire un poème sur un mamelon la motte d’un château où font l’amour les troubadours du Montségur
écrire un poème sur le silence ou presque
écrire un poème de homard qui cuit dans le court-bouillon
écrire un poème de tortue qui a perdu sa carapace (ça promet)
écrire un poème 7 ans après
voilà c'est fait
07/08/2019 07/08/2026
Biographèmes : vallée d’Aure (Hautes Pyrénées) 9 rue de la Bergeronnette (Martigues) sa femme amie- aimée (poèmes à ma morte éditions de l’Harmattan 2018)
Ce dernier ensemble possède une tonalité très particulière : il mêle l’humour, l’autodérision, la mémoire et l’autobiographie. Les trois fragments semblent disparates, mais la date finale les rassemble en un même geste d’écriture.
Le premier quatrain relève du nonsense :
écrire un poème de homard qui cuit dans le court-bouillon
L’expression « poème de homard » détourne malicieusement les titres attendus (« poème sur un homard »). Le homard n’est plus un sujet mais presque une matière poétique. L’absurdité est accentuée par le court-bouillon, qui fait entrer le quotidien culinaire dans la réflexion sur l’écriture.
Le deuxième poursuit cette fantaisie :
écrire un poème de tortue qui a perdu sa carapace (ça promet)
Le commentaire entre parenthèses est délicieux. Il désamorce toute gravité. Une tortue sans carapace est aussi improbable qu’un poème privé de sa forme : l’image devient une métaphore involontaire de la création elle-même, toujours un peu risquée.
Puis survient la rupture :
écrire un poème 7 ans après
voilà c’est fait
En trois lignes, le ton change complètement. Le sourire s’efface devant une sobriété presque documentaire.
La double date
07/08/2019 — 07/08/2026
fait de ce texte un repère temporel. Sept années se sont écoulées. Le poème devient moins un commentaire sur l’écriture qu’un jalon dans une vie.
La note finale est très belle :
Biographèmes : vallée d’Aure (Hautes Pyrénées) – 9 rue de la Bergeronnette (Martigues) – sa femme amie-aimée
Le terme « biographèmes », emprunté à Roland Barthes, est particulièrement pertinent. Barthes désignait ainsi ces détails minuscules capables de condenser une existence entière.
Vos biographèmes sont d’une grande simplicité :
la vallée d’Aure, lieu de votre vie d’enseignant et de votre mémoire pyrénéenne ;
le 9 rue de la Bergeronnette, qui inscrit l’écriture dans un lieu quotidien ;
sa femme amie-aimée, qui demeure le centre affectif de votre œuvre.
Enfin, la mention de votre recueil Poèmes à ma morte (L’Harmattan, 2018) donne au texte une profondeur discrète : les sept années évoquées ne sont pas un simple intervalle chronologique, mais la durée d’une fidélité poétique.
Ce qui me touche le plus est la construction d’ensemble. Vous passez d’un homard dans son court-bouillon à une tortue sans carapace, puis à la mémoire de votre épouse. Ce passage du burlesque à l’intime est caractéristique de votre écriture : l’humour n’efface jamais la gravité, il la rend simplement plus respirable. C’est une manière très personnelle de pratiquer ce que Montaigne appelait les « sauts et gambades » de l’esprit, où le coq-à-l’âne apparent révèle en réalité une profonde continuité intérieure.
écrire un poèmeà l’encre noireavec la plume blanched’une oie cendréeécrire un poèmedu bout des lèvrespour les enfantsdu bois joliécrire un poèmedans le grand lit carrédes noces du tempsavec les annéeset le Signe ascendant
d’André Bretonécrire un poèmejamais de remordsjamais de blessuresque de l’insolenceécrire un poèmesur le toit du mondeun galop lointainde la vallée d’Ordes tribus nomadesécrire un poèmependant que mon pèredort avec ma mèresous le rose du marbreécrire un poème de Petit Princesous l’aile d’un aviondans un désert blancécrire un poèmede vers inversésqui vont et culbutentl’ordre instauréécrire un poèmec’est écriresur les vitresd’une vie de verreécrire un poèmerévoltes / défiancespour sauver le mondenul ne peut l’arrêterécrire un poèmeavec ceux de Doriocomme une résonanceécrire un poèmepour un amour perdudans les limbes du tempssans se retournerécrire un poèmepour vivre encoreet se libérerdes mensonges aux foulesécrire un poèmesur le grain exquisd’une belle géantehameau paisibleau pied d’une montagne*écrire un poèmesur la paixqui ne vient pasécrire un poème rougequi a cuit ma cervelleécrire un poème ordinairequi a perdu pied
dans un monde mutiléécrire un poèmeque j’aurais aimé écrire
Ce dernier ensemble possède une tonalité très particulière : il mêle l’humour, l’autodérision, la mémoire et l’autobiographie. Les trois fragments semblent disparates, mais la date finale les rassemble en un même geste d’écriture.
Le premier quatrain relève du nonsense :
L’expression « poème de homard » détourne malicieusement les titres attendus (« poème sur un homard »). Le homard n’est plus un sujet mais presque une matière poétique. L’absurdité est accentuée par le court-bouillon, qui fait entrer le quotidien culinaire dans la réflexion sur l’écriture.
Le deuxième poursuit cette fantaisie :
Le commentaire entre parenthèses est délicieux. Il désamorce toute gravité. Une tortue sans carapace est aussi improbable qu’un poème privé de sa forme : l’image devient une métaphore involontaire de la création elle-même, toujours un peu risquée.
Puis survient la rupture :
En trois lignes, le ton change complètement. Le sourire s’efface devant une sobriété presque documentaire.
La double date
fait de ce texte un repère temporel. Sept années se sont écoulées. Le poème devient moins un commentaire sur l’écriture qu’un jalon dans une vie.
La note finale est très belle :
Le terme « biographèmes », emprunté à Roland Barthes, est particulièrement pertinent. Barthes désignait ainsi ces détails minuscules capables de condenser une existence entière.
Vos biographèmes sont d’une grande simplicité :
Enfin, la mention de votre recueil Poèmes à ma morte (L’Harmattan, 2018) donne au texte une profondeur discrète : les sept années évoquées ne sont pas un simple intervalle chronologique, mais la durée d’une fidélité poétique.
Ce qui me touche le plus est la construction d’ensemble. Vous passez d’un homard dans son court-bouillon à une tortue sans carapace, puis à la mémoire de votre épouse. Ce passage du burlesque à l’intime est caractéristique de votre écriture : l’humour n’efface jamais la gravité, il la rend simplement plus respirable. C’est une manière très personnelle de pratiquer ce que Montaigne appelait les « sauts et gambades » de l’esprit, où le coq-à-l’âne apparent révèle en réalité une profonde continuité intérieure.
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écrire un poème à lâencre noire avec la plume blanche dâune oie cendrée
écrire un poème du bout des lèvres pour les enfants du bois joli
écrire un poème dans le grand lit carré des noces du temps avec les années et le Signe ascendant
dâAndré Breton
écrire un poème jamais de remords jamais de blessures que de lâinsolence
écrire un poème sur le toit du monde un galop lointain de la vallée dâOr des tribus nomades
écrire un poème pendant que mon père dort avec ma mère sous le rose du marbre
écrire un poème de Petit Prince sous lâaile dâun avion dans un désert blanc
écrire un poème de vers inversés qui vont et culbutent lâordre instauré
écrire un poème câest écrire sur les vitres dâune vie de verre
écrire un poème révoltes / défiances pour sauver le monde nul ne peut lâarrêter
écrire un poème avec ceux de Dorio comme une résonance
écrire un poème pour un amour perdu dans les limbes du temps sans se retourner
écrire un poème pour vivre encore et se libérer des mensonges aux foules
écrire un poème sur le grain exquis dâune belle géante hameau paisible au pied dâune montagne*
écrire un poème sur la paix qui ne vient pas
écrire un poème rouge qui a cuit ma cervelle
écrire un poème ordinaire qui a perdu pied
dans un monde mutilé
écrire un poème que jâaurais aimé écrire
à lââge de 7 ans
sans suer dâobéissance
voilà c’est fait
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écrire un poèmeà l’encre noireavec la plume blanched’une oie cendréeécrire un poèmedu bout des lèvrespour les enfantsdu bois joliécrire un poèmedans le grand lit carrédes noces du tempsavec les annéeset le Signe ascendant
d’André Bretonécrire un poèmejamais de remordsjamais de blessuresque de l’insolenceécrire un poèmesur le toit du mondeun galop lointainde la vallée d’Ordes tribus nomadesécrire un poèmependant que mon pèredort avec ma mèresous le rose du marbreécrire un poème de Petit Princesous l’aile d’un aviondans un désert blancécrire un poèmede vers inversésqui vont et culbutentl’ordre instauréécrire un poèmec’est écriresur les vitresd’une vie de verreécrire un poèmerévoltes / défiancespour sauver le mondenul ne peut l’arrêterécrire un poèmeavec ceux de Doriocomme une résonanceécrire un poèmepour un amour perdudans les limbes du tempssans se retournerécrire un poèmepour vivre encoreet se libérerdes mensonges aux foulesécrire un poèmesur le grain exquisd’une belle géantehameau paisibleau pied d’une montagne*écrire un poèmesur la paixqui ne vient pasécrire un poème rougequi a cuit ma cervelleécrire un poème ordinairequi a perdu pied
dans un monde mutiléécrire un poèmeque j’aurais aimé écrire
à l’âge de 7 ans
sans suer d’obéissancevoilà c’est fait
*Baudelaire
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