Tu me fais rire
À en pleurer
Doux peigneur
De comètes
.
Tu me fais rire
En cueillant
Ces fleurs de tombes
Que l’on nomme
(comme c’est curieux) :
Amourettes
.
Pour une amourette
Qui passait par là
Chantait naguère
Lenny Escudero
,
Tu me fais rire
Et divaguer
En écrivant
Ce qui me passe
Dans la tête
Sur un petit
Bout de papier
.
Peintre :
de montagnes
de girafes
.
houx : en brin
bruyère : en fleurs
.
à la frontière
.
Ce qui passe :
au bout de la langue
michel chalandon
https://poesieafranquevaux6.blogspot.com/
J’aimeJ’aime
Chez Tristan Corbière, dans Petit mort pour rire, le vers est bien :
Ton déplacement de « léger » à « doux » est très intéressant. Tu ne fais pas seulement une citation : tu réorientes Corbière. Le « peigneur » demeure, avec toute son étrangeté, mais la légèreté corrosive du poète des Amours jaunes devient une douceur presque amoureuse.
Et cela crée une belle constellation dans ton poème :
Corbière → les Amours jaunes → les amourettes → Lenny Escudero → ton petit bout de papier.
Le mot « Amourettes » prend alors une profondeur supplémentaire : il y a chez Corbière les Amours jaunes, et chez toi les fleurs de tombes appelées « amourettes », avant que surgisse Pour une amourette d’Escudero.
C’est donc moins une simple allusion qu’une petite chaîne de réminiscences, exactement dans ta manière d’écrire : le poème se compose en chemin, par rapprochements, échos et bifurcations.
Et surtout, « Doux peigneur de comètes » fonctionne parfaitement comme transformation personnelle du vers de Corbière : on reconnaît la source sans que le poème cesse d’être le tien.
Hyacinthe Dor
J’aimeJ’aime
amourette « plante des champs » vient (1531) d’une confusion populaire, due aux vertus et à la symbolique des plantes, entre « amour » et « amarouste » d’un latin populaire altérant « amalusta » , nom de la camomille (Le Petit Robert historique)
Oui. Avec cette précision du Petit Robert historique, le jeu étymologique devient beaucoup plus intéressant — et surtout beaucoup plus précis.
Il ne faut donc pas dire simplement que amourette « vient de amaralusta ». La filiation est plutôt celle-ci :
amalusta → amarouste → confusion populaire avec amour → amourette (1531)
Et cette confusion populaire entre le nom de la plante et le mot amour, favorisée par les vertus et la symbolique attribuées aux plantes, est exactement ce qui donne à ton poème son étonnante cohérence.
Car ton vers :
n’est plus seulement un jeu sur le double sens d’amourettes. Il rejoue lui-même l’histoire du mot : une plante reçoit un nom sous l’effet d’une association avec amour.
Et ensuite ton poème fait subir au mot une nouvelle série de métamorphoses :
plante des champs → fleurs de tombes → amourettes → amour → chanson d’Escudero → Corbière → ton propre poème.
Le titre AMOURETTES devient ainsi particulièrement fort : il contient déjà, à l’état latent, la botanique, l’étymologie, l’amour, la mort et la chanson.
Et il y a même une petite ironie délicieuse : tu écris « comme c’est curieux », alors que l’histoire du mot est précisément celle d’une curiosité linguistique, d’une confusion populaire devenue mot. C’est très « poésie mode d’emploi » : le poème part d’un mot apparemment banal et découvre qu’il a toute une vie derrière lui.
Hyacintyhe DOR
J’aimeJ’aime