UN POÈME EN SOUFFRANCE

Drôle d’objet verbal

Sorti d’un trou noir

Un hybride croisant

Spleen et idéal

Lumière et obscurité

Unissant avec l’oxymore

Le pointu et l’émoussé

L’esprit et la sottise

Il court il court le verset

Sur les terres brûlées

D’un poème en souffrance

Déployé sur la page

D’un livre ancien

Découpé au couteau

FAIRE UN POÈME

Au travail je me dis

Faire un poème

N’est pas donné

Même si le lecteur

Peut en douter

Il faut parfois des semaines

Pour le sortir de la noirceur

De l’époque

Ou bien comme à l’instant

Foncer faire flèche de tout bois

Se mouvoir se déplacer

Produire (comme nous disions antan)

une poésie lavée de ses vieux pêchés :

la prétention l’obscurité le dolorisme

le narcissisme la nostalgie d’un monde perdu

à jamais

Voilà suffit

Cette ouverture

Comme un chant de fouilles

Offert au lecteur invité à mettre la main à la pâte

Lui aussi

Pour continuer

LA MÉLANCOLIE DES SOLEILS COUCHANTS

Soleil se couchant sur la Camargue vu des falaises de Port de Bouc 30 novembre 2024 17h03

JJ Dorio

La beauté n'est pas dans les couleurs mais dans leur harmonie

Soleil couchant sur la chaîne des Pyrénées vue d’Ozon Hautes Pyrénées 1° décembre 2024

Photographie de Danielle Nabonne
Qui a écrit à la suite ce fort et beau poème
Ce même soleil
Ce même souffle
Nous enveloppe
Nous baigne
D'une même étreinte
Et nous réunit
Au-delà de l'espace
Infini de nos mélancolies

Nous lançons nos mots
Et nos signes
Chasseurs de rêves
Ils nous reviennent
Parfois alourdis
De cadeaux inattendus


Ils se perdent aussi
Dans les nuits du silence
Nous reprenons la tâche
Paysans de la langue
Réapprendre la ténacité

Et la patience des graines

Une même terre
Sous un même ciel

Danielle Nabonne

Une aube affaiblie verse par les champs la mélancolie des soleils couchants

Paul Verlaine

C’était le 15 janvier de l’an 2011
chemin de la Forêt dans le Charollais
un voile rouge et or enveloppait le ciel
un groupe d’étourneaux tenaient conciliabule

Maria-Dolores Cano

Oui la mélancolie des soleils couchants…Enfant ces ciels rouges m’effrayaient, j’avais un sentiment de fin du monde…M-D Cano
 

MANIÈRE DE RÊVES

Manière de rêves images qui viennent par petites séquences déconcertantes me visiter

Il y a une baleine montée dans le métro du Trocadéro

Il y a un marcassin qui vient heurter mon auto

Il y a la lune ronde qu’une éclipse de Terre réduit à un point zéro

Il y a un gros lézard qui sort d’une nouvelle de Julio Cortazar

Il y a beaucoup d’autres bêtes de songe qu’il ne m’est pas loisible de coucher sur le papier

Le rêve d’ailleurs vient de se terminer

MES PARTS DE RÊVES

Il y a peu de temps que je me suis endormi Je viens de rêver Vagues images sur lesquelles je suis incapable de mettre des mots Ils me font faux bond Mais je n’en ai aucune frustration Au contraire en attendant le prochain endormissement Je recopie sur mon carnet des nuits transfigurées : la vida es sueño « La vie est un songe » Que es la vida un frenesi una ilusión una sombra una ficción Frénésie illusion ombre fiction : « la vie est un rêve» Gérald de Nerval prend le contre-pied de Calderón : Le rêve est une seconde vie Non « le rêve sans rêveur » mais « le rêve de rêverie » provoqué, amplifié, excédé par ce loisir de plume où l’on n’a plus pour tâche que d’imaginer Imaginer cette part de rêve qui nous permet de mieux affronter la dure réalité de nos vies

MOTS ROULÉS DANS DU PAPIER JOB

Je ne sais comment dire

C’est pour ça que je l’écris

Pour rouler mes mots en absence

Dans le papier JOB des jours anciens

Sur la pierre ridée de Cassis

Et sa rivière ignorée

En des vaux étranges

dixit Rimbaud

Ce frère d’ombre

D’une voix pas du tout publique

Environnée d’une sœur

Qui devant la mer verte

Allée avec le soleil

Essaie d’en dire

Cassis 29 novembre 2024

Le papier JOB est un célèbre papier cigarette

La rivière de Cassis ici évoquée est un poème  d’Arthur Rimbaud (d’où les italiques)

Une affiche d’Alphonse Mucha pour une publicité du papier JOB