IMAGINATIONS 1

DE L’IMAGINATION

L’imagination n’est pas contrairement à l’étymologie, la faculté de former des images de la réalité. Elle est la faculté de former des images qui dépassent la réalité, qui chantent la réalité.

Gaston Bachelard

                                       
Je m’imagine papillon butinant les fleurs magiques des Songes d’une nuit d’été
Je m’imagine sur le ring du Madison Square Garden encouragé par Nougaro qui me crie : Boxe boxe boxe 
Je m’imagine sur la scène de l’Olympia m’accompagnant à la guitare sèche en chantant Santiano ce fameux trois mâts fin comme un oiseau
Je m’imagine Balthazar au hasard du film de Bresson
Je m’imagine dormeur du val ma tête baignant dans le frais cresson bleu
Je m’imagine suspendu sur le trapèze de la vie mode d’emploi ne voulant plus en redescendre
Je m’imagine Gary Cooper chantant à Grâce Kelly Si toi aussi tu m’abandonnes
Je m’imagine dans la tour de Montaigne en train de faire des fagots de toutes ces pièces diverses







 

AVEC UN STYLO BLEU

Si nous dérobons nos citations c’est seulement à l’imitation des abeilles qui ne butinent que pour le bien public.

Avec un stylo bleu je suis les ondulations montueuses et bleues de la mer (de la mère  rectifie un pervers polymorphe ayant suivi les cours de Lacan).

J’écris un mélange d’égotisme avec ce que le langage travaillé me dicte hors de ma parole intérieure.

J’écris comme si la variation et son étoffe étaient la manière de se manifester de mon être.

Je n’écris pas sur les nuages qu’on voit passer là-bas, là-bas, mais sur une page quadrillée d’un cahier Clairefontaine que j’ai commencé en 1974, et que je sors de temps en temps de son tiroir.

Je n’écris pas/ J’écris.

Je balance entre réminiscence et nouveauté poussant avec mes cornes de bélier mon être volatil autour d’un noyau dur. Je change de peau, je reste le même.

J’accumule sans articuler ou au contraire faisant flèche de toute connaissance j’ai le souci de faire émerger une cohésion organique.

Mais je suis loin d’y parvenir et en réalité certain de ne jamais achever le chantier.

COMMENT EN SORTIR ?

Comment en sortir Sortir par le haut de ces pages qui s’accumulent en amorces, esquisses,  fragments discontinus ?

Pas par Je ni par Moi

Mais par qui alors ?

Et par quoi ?

Les mots ou les choses le langage-tangage les maux d’une époque révolue ?

Peu importe après tout il s’agit de ne pas abdiquer de refuser de célébrer le négatif l’art du glauque et de l’abjection

Tiens nous voilà avec ce dernier mot et par sauts et gambades amenés à citer la fin des Essais de Montaigne

L’ami Michel finit par 5 lignes qu’il a recopiées d’un poète latin :

Accorde-moi de jouir de mes biens

En bonne santé avec toute ma tête

De passer ma vieillesse sans tomber dans l’abjection

Et que je sois capable encore

De chanter en m’accompagnant à la guitare ou au piano

(le texte original évoquait vous vous en doutez la lyre ou la cithare)

CONSIDÉRATIONS INACTUELLES

Il pleut J’écoute Chopin C’est dimanche

Il se peut que quelqu’un jadis ait écrit cette ligne

Et d’ailleurs c’est sûr puisque je la lis

Il ne pleut pas J’écoute mes acouphènes C’est la nuit de lundi à mardi

Le même qui la première ligne écrivit  me racontait (puisque je l’ai bien connu) qu’il avait sué du sang (sic) pour apprendre à lire

Et pour cause il venait d’une ferme où l’on ne parlait qu’occitan

C’est bête à dire mais l’école de la République lui interdit de parler et d’écrire sa langue première puisque c’était  » pas toi »

Mais j’oublie  ces considérations inactuelles et j’essaie de jouir de la vie de chaque jour dans la fête comme dans la défaite

À cor et à cri

Il pleut des cordes d’eau

Donnons-nous la main

(pour lire cet haïku)

A NOIR

Écrire ainsi c’est complètement inactuel Mais ça m’amuse C’est un tour de passe-passe A noir écrit à blanc Sous la dictée du dedans Si je m’appelais Victor Hugo J’aimerais de cette lettre blanche le bruit charmant Un bruit d’esprit qui s’évapore Comme un poème finit Quand vient l’aurore

UN SONNET SANS HISTOIRE

Un chic alexandrin avec ses douze timbres

La nuit consolatrice allume ses paroles

Appliquées, turbulentes,  inconnues du grand nombre.

Très simple de chanter l’absence de tout rôle

D’un poète qui n’aime pas fair des histoires

Oui il sait qu’au lointain de cette nuit, le monde

Souffle et soufre, fait la guerre, se déchire,

Mais veiller à ne pas attiser ces délires

Est sa façon de switcher l’infernale ronde.

L’espace d’un poème il est sable et enfant

Il est la lune pâle et le soleil brûlant

Le pacte de vieillesse avec la solitude

Le refus des rimes idiotes qui gigotent

Leur béatitude. Rideau. Fin du sonnet.