ON ENTERRE MAL LES DERNIERS POÈTES

ATTENTION POÉSIE 
Toujours on reçoit en plein nez ce poteau : ATTENTION POÉSIE. Pourquoi?
Franchement je n’en sais rien, je me le demande.
Je ne m’obstine à écrire des poèmes peut-être que pour tâcher de savoir.
Jacques Réda
Une lettre à Action Poétique (29 mai 1977)


*

« Nul seigneur ne m’appelle et pas de clarté dans la nuit, la mort, qu’il me faudra contre moi dans ma chair prendre comme une femme, est la pierre d’humilité que je dois toucher en esprit. » Jacques Réda (Amen)

*

Je ronge mon os

Quelques lignes

hétérogènes

Écrites dans la gêne

de voir combien

ma société  maltraite

« la poésie « 

Mais sans signature

Puisque de toute manière

Je change d’un poème

à l’autre

mon fusil d’épaule

Façon de parler

Puisqu’il y a belle lurette

Que je ne crois plus

Que la poésie soit « une arme

chargée de futur »*

* Témoin la dernière pantomime du journal Le Monde, comme ils n’ont plus de chroniqueur recruté, capable de rendre compte de l’actualité des publications en poésie, ils ont eu le culot de publier la nécro de Jacques Réda notre plus vieux et merveilleux poète (mort ce 30 septembre 2024) signée Patrick Kechichian leur dernier spécialiste de poésie qui a lui-même plié bagage depuis le 18 octobre 2022 Quelle vergogne!

UNE ÉCRITURE D’HYPNOGRAPHIES

Quelle est cette écriture ? Je ne sais pas je sais que c’est ma propre main qui l’a tracée en moins d’une minute au cœur de la nuit comme dans un rêve éveillé Une écriture que j’ai nommée faute de mieux hypnographies Un mot maison entré comme par effraction nuit en moi nuit au dehors Une écriture bestiaire faite de caractères quasi sacrés Une écriture dont chaque glyphe paraît être un œuf en chocolat tombé des étoiles

LES JOURS FACILES

Il n’y a pas de jours faciles 
Mais on fait avec
Avec ce qui reste d’amour
et de sérénité
dans un monde déchiré
par la violence des conflits
et des guerres
Suavité par contraste
avec nos enfants petits
qui découvrent la vie
ses rires et ses rondes
l’invention du langage
ses jeux et ses images
la plage sous ses pavés

Elle dure encore la guerre des images sous les paupières closes de nos enfances
Sans effacer pourtant au bois dormant la langue des oiseaux qui nous appelle
du fond du temps
Jacqueline Saint-Jean