La poésie s’est perdue
On ne sait plus la chanter
La poésie a disparu
On ne sait plus où elle est
Le passeur des Saintes Maries
Assure qu’il l’a vue dans le delta du Rhône
Mais il semble établi que ce n’était qu’un drone
La poésie s’est perdue
On ne sait plus la chanter
La poésie a disparu
On ne sait plus où elle est
La factrice de ma rue prétend que
Ses lettres s’adressent encore au vieux poète
Qui résidait à l’Isla Negra
Mais cette adresse n’a plus de réalité
L’aube marine a effacé l’encre des enveloppes
La poésie s’est perdue
On ne sait plus la chanter
La poésie a disparu
On ne sait plus où elle est
Où la chercher alors?
Où la chercher encor?
Si ne n’est dans le fleuve
L’île La forêt des symboles
Et les lettres d’amour?
Elle est dans le désespoir
Et elle est dans l’espoir
Elle est dans tous ses livres muets
Qu’il faut apprendre à faire parler
Elle est dans le nid de tes yeux
D’où sortent ces paroles trouvées
Sur le vieux sentier troubadour
Elle est dans l’écriture quotidienne
Qui se mêle au soleil de demain
En allé en la mer avec l'éternité
Author Archives: Jean Jacques Dorio
IMAGES DU BONHEUR
Parfois, les images du bonheur
Persistent sous les paupières
Longtemps
Une fragrance, une caresse,
Sur la joue, et ressurgissent
Les rires et les paroles
Données
En ce temps- là, la vie était douce ,
Et nos rêves plus forts
Qu'aujourd'hui
Danielle Nabonne

GARONNE
Sous les charmilles
Le temps vacille
Je remonte
Sur mon crayon d’enfance
Je reprends
Le chemin buissonnier
J’ entends le pas
De mon grand-père
Qui descend à Garonne
Nous longeons la rive
Silencieux
La rivière dessine
Avec les galets
Des tableaux mouvants
Une libellule se pose
Un instant
Une paix bleue
Comme un ciel
Occitan
Puis, le chant reprend
Tout bourdonne, tout bruit,
J’entends l’ arbre qu’ on abat ,
Et le souffle des guerres
À venir
Danielle Nabonne
NOUS DEUX
Pour les lecteurs de poésie mode d’emploi
Ma plus belle chanson d’amour
Merci à Jean Roger Caussimon
Pour ses paroles et son interprétation
Et à Léo Ferré pour la musique
FURIEUSE RAISON
Furieuse raison :
c'est la formule d'un philosophe
aimant les étincelles poétiques
Pourtant la plupart du temps
Sophos l’énigmatique sage
Et Poiein l’habile faiseur
Ne font pas bon ménage
L’un recherche l’esprit
et l’arrogant concept
L’autre balbutie
se frotte aux mots
et aux choses
Mais Raison quelquefois
se change en repentir
Un je-ne-sais-quoi
et un presque-rien
CE MONDE OUVERT DEVANT LE TEXTE
un triptyque
I
PETITS ESSAIS SUR LE BUREAU
débuts qui ne vont guère plus loin que
le bout de quatre à cinq lignes
sur l’écran hanté par le blanc
Des restes de biographies supposées :
Shakspere – comme signe sa dernière main –
baptisé à la cervelle de lièvre
Des bribes de fantaisies :
pour dépoussiérer une page d’Écriture
rien de mieux que le souffle divin
lit-on sur la page d’un athée notoire
Ou bien se dessine la figure
des controverses
tel un cercle carré
dit Spinoza
voulant réfuter un argument
de ce Guillaume de Blyenbergh
courtier en grains
qui lui cherche des noises
sur Dieu le Mal et le reste
Et puis après
fabulations
histoires vraies
approches du concept
on signale la présence de l’Autre
sous le porche
de l’accueil amical
Ce prochain
qui enfin fait silence
et se contente d’ouvrir
la porte-fenêtre de son bureau
qui donne sur le jardin d’hiver
ce monde ouvert devant le texte
écrit le philosophe Paul Ricœur

II
DEVANT LA PAGE PERSONNE
morceaux tissés d’une attention formelle
mais sans se formaliser outre mesure
peignant le passage
d’un mot à un autre
lambeaux cousus d’ontologie héraclitéenne
d’atomes dansant la gigue
la maclotte qui sautille
la marelle
terre
ciel
des petites filles en fleurs
au point que ce texte puisse donner
l’impression d’un mélange de doctrines diverses
d’un doute
sur la philosophie qui vraiment le soutient
le pinceau qui le peint
le pain de seigle d’orge qui le nourrit
la pression du noir sur la page
jadis blanche…

III
CE LIVRE ENTRE LES MAINS
m’échappe absolument
Me glisse entre les doigts
tel le savon de Ponge
Silence sur la page
je ne vois plus les mots
C’est de la bouillie
pour les chats et les chiots
Une sorte de lave
qui ma cervelle ronge
Un coup porté à Teste
de monsieur Valéry
Cultivant l’art des restes
et des amphigouris
(le reste dans la marge
n’est pas lisible)