Tu te souviens de l'autobus vert avec un toit blanc
Mais était-ce un R ou un S ?
Tu te souviens de sa plate-forme arrière
Où tu montas un livre ancien sous le bras
Tu te souviens qu'un type vint vers toi
Tu te souviens qu'il avait tout d'un freluquet au long cou
Comme le héron de La Fontaine
Tu te souviens que le bus passa devant un cinéma qui programmait la Soupe au Canard
Tu te souviens de la séquence où Groucho Marx cigare au bec
tire le rideau d'une fenêtre pour empêcher un boulet de canon de traverser la pièce
Tu te souviens du contrôleur criant Gare Saint Lazare :
Terminus des Exercices de style !
Tu te souviens qu'alors tu t'es dit à tout hasard
Je vais coucher tout ça par écrit la main sur la charrue du vocabulaire
Author Archives: Jean Jacques Dorio
EN ENTRANT À L’ÉCOLE
Pour les enfants et pour les raffinés
La pluie fait du goutte goutte
Fenêtre ouverte je l’écoute
Il pleut ces lignes sur mon papier
Sur le cahier des écoliers
Il pleut il pleut bergère
Il pleut rue de la Bergeronnette
C’est la pluie petit patapon
La bonne petite pluie
La pluie pour les poètes
La pluie pour les enfants
Qui reprennent le chemin de l’école
La pluie fait du goutte à goutte
Elle tombe infinie
Je referme la fenêtre
Mon poème est fini
Martigues 2 septembre 2024
9 rue de la Bergeronnette
Jean Jacques Dorio
Pour Mathis
Mon petit-fils
LE TEMPS EST UN ENFANT QUI JOUE
…de siens instants que l’on entend enregistrer de la manière la plus secrète, comme une trace de vie : quelque chose de physique, de touchable, une efflorescence, une incrustation. En somme une littérature moindre qui atteint la grande, un moment fixé en quelques mots courts, surexcités et désordonnés et qui se dilate dans le temps…Leonardo Sciascia
Vieillesse connaît encore ces moments d’innocence :
En écrivant ou disant un poème,
En écoutant ou chantant les chansons de nos vingt ans,
En jouant à quatre pattes avec nos petits-enfants
En se fondant dans le roman que l’on est en train de lire
Cette nuit j’ai été Vendredi mâchant une graine d’araucaria,
J’ai navigué dans le poème le plus connu de Louise Labé
Je vis, je meurs, je me brûle et me noie,
En revoyant la lave tiède de tes yeux
Mon cœur volcan a encor battu la chamade
Et j’ai retrouvé la formule attribuée à Héraclite :
Le temps est un enfant qui joue.
ET AU FINAL QUE DIRAI-JE ?
Je dirai que j’ai pris des coups
Et que maintes fois j’ai perdu le nord
Je dirai que je me suis relevé
Je dirai que j’ai cherché la voie
Je dirai que la nuit la lampe est mon soleil
Je dirai Terre en vue
Je dirai l’esprit des bêtes et des arbres
Je dirai le corps qui dicte à l’esprit
Je dirai le vide qui broie les mots inadéquats
Je dirai ma gratitude à ceux et celles qui m’ont écrit
Que ce que j’écrivais leur donnait un peu de joie
Je dirai que je n’ai rien dit
TOUT FEU TOUT FLAMME
Tout feu tout flamme
Brûle mon âme
Sur cette page
Que nul ne lit
On me dit fou
(fada ici)
Je me crois sage
Me balançant dans le hamac
tendu entre deux pins du cru
Et nous voilà
Faisant ces vers
Plaçant ces mots
Tout feu tout flamme
D’où naîssent paroles
Qui dans la nuit
Font un sujet de poésie
À LA SEMBLANCE DU BEAU PHÉNIX
Et je chantais cette romance
En 1903 sans savoir
Que mon amour à la semblance
Du beau Phénix s’il meurt un soir
Le matin voit sa renaissance
Guillaume Apollinaire
La chanson du mal aimé
Je suis tout feu tout flamme
Je suis l’eau remontant à mes sources
Je suis l’air de rien
Je suis la terre des Dorio (tous laboureurs)
Je suis le souffle qui ravive dès matines les braises du foyer
Je suis l’eau de l’orage sur le visage de Rrose Sélavy
Je suis la terre que le blé vert adoucit
Je suis l’air dont s’abreuve l’alouette du troubadour
Je suis le poète contumace à l’esprit follet
Je suis la mer la mer toujours toujours recommencée
Je suis la Mère Terre (va-t-elle mourir la Pacha Mama ?)
Je suis Phénix qui écrit des poèmes après Auschwitz*
*Dans cette ville de Francfort), Theodor Adorno a prononcé une grande phrase : on ne plus écrire de poèmes après Auschwitz. Disons-le autrement : après Auschwitz on ne peut plus respirer, manger, aimer, lire. Mais quiconque a déjà inspiré une première gorgée d’air, quiconque s’allume une première cigarette a décidé de survivre, de lire, d’écrire, de manger, et d’aimer. Heinrich Böll