FIN DE JOURNÉE

call it a day

la journée est terminée

me dit-on

on ne me dit pas en revanche

comment les heures

de ce jour unique

ont tourné :

à cheval sur Rocinante ?

ou bien exposé sur le ring poétique

où l’on prend des coups sans compter ?

(Hay golpes  en la vida Yo no se)

ou bien qui sait en écoutant

Amor de mis amores

cette valse péruvienne

qui a donné l’air endiablé

de la Foule chantée par Piaf





Et puis retour en soi

en votre for intérieur

Un petit air du soir

Vous accompagne

Mañana es otro dia





une suite

passé minuit

contrevenant à ma dernière ligne

Demain est un autre jour

Je poste sur le blog

le poème présent

issu d’un temps non compté

consacré à l’écriture

et à la douce ivresse

que procure la fabrique

d’un texte inachevé

.

À PARIS IL Y A

À Paris il y a
Un quai aux fleurs un marché aux oiseaux
Une foire à la ferraille une rue du Congo
Une place Pigalle une gare Saint Lazare
Un musée du Louvre une rue Vaugirard
Un champ de Mars une rue de l’Échaudé
Une place Saint Michel une rue du Bac
Une statue de Montaigne mais pas de Bachelard
Un jardin des Plantes un boulevard Bourdon
où se rencontrent Bouvard et Pécuchet
Un quai de Passy une place Saint-Sulpice
Un boulevard Malesherbe un quai de la Mégisserie
et une place Saint Germain des Près
après laquelle il n’y a plus d’après

J’AI CONNU

J’ai connu le tablier gris des écoliers et le jeudi des quatre dimanches où l’on chômait

J’ai connu l’écriture à la plume sergent major que l’on trempait dans l’encrier en porcelaine fiché dans la table en bois (le pupitre)

J’ai connu le tableau noir où le maître, plus rarement la maîtresse, nous permettait de faire claquer ou crisser les craies de toutes les couleurs, mais principalement la craie blanche comme neige

J’ai connu tous ces petits bonheurs de l’enfance 

Je  l’affirme croix de bois croix de fer et je le signe sur mon site numérique mesurant ainsi la distance abyssale qui nous sépare de cette époque d’un commencement qui n’en finit pas

JE RÊVE

Je rêve que tu rêves d’un monde sans douleurs mais riche de couleurs et d’exercices de style

Je rêve qu’un journal a annoncé tes fiançailles avec le roi de Prusse

Dans mon rêve je te vois protester proclamant que le roi de Prusse n’est pas ton cousin

Je rêve que je te donne la main sous la neige qui tombe inexorablement pendant que tu récites les vers de Victor Hugo sur la retraite de Russie

Je rêve que je te vois les bras en l’air comme une paire d’ailes et que tu prends le métro pour Bonne Nouvelle

*

« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir les portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. » Gérard de Nerval

*

L’ÉTOFFE DONT ON FAIT LES RÊVES

Are such stuff As dreams are made on
À tous ceux qui sont de l’étoffe dont on fait les rêves
À toutes celles
Qui font de la poésie la « matière ardente » de leurs Mille et Une nuits
À tous À toutes
Qui écrivent dans le noir des histoires lumineuses
Qui nous tiennent en suspens
À tous ceux
Qui sont de l’étoffe d’un livre dans lequel on entre par un coup de dés
À tous ceux À toutes celles
Qui « en temps de débâcle »
Sont de l’étoffe
Qui permet le rêve en commun
de vies dignes d’être vécues