LE TEMPS TE DÉVISAGE

 le poète est allé cueillir des simples
mais la brume est épaisse
je ne peux vous dire où il se trouve au juste
 
Ji Dao (779-843) époque Tang
traduit par J.F. Billeter
 
le temps te dévisage
tu dévisages le temps
sans visa sans visage
 
le temps te dévisage
tu ne sais ce qu’il cherche
braise ou cendre
 
le temps te dévisage
tu as peut-être déjà quitté
ce monde
mais il semble l’ignorer
 
le temps te dévisage
les visages sont à tous
les miroirs à personne
 
le temps te dévisage
tu l’étreins tu éteins
sa flamme trop vorace
 
le temps te dévisage
par des sentes perdues
voyageur interdit
sans cesse tu dérobes
 
le temps te dévisage
tu as perdu la mémoire
des poésies rangées
dans les bibliothèques
 
le temps te dévisage
une femme qui parle une langue ignorée
revient de son exil
et t’entraîne vers d’autres rivages

L’INCONSCIENT

L’INCONSCIENT

Si l’inconscient est ce qui s’entend, comme dit l’autre, il faudrait faire pouvoir parler nos dessins, nés en quelques secondes de nos automatismes.

Une gageure, oui, on le jure.

Et cependant, essayons.

Ce qui s’entend c’est, à la lettre, ce qui ne se voit pas dans mon dessin, dont le titre m’est venu comme une fleur. (oui, je reprends le « moi » et la main)

En vrac, ce qu’on ne voit pas, ce sont les éléphants massacrés des Racines du ciel, les écailles tombées des mues successives de Gros Câlin et les traces de poudre d’une balle de revolver Smith & Wesson, de type38, avec lequel Roman Kacew, alias Romain Gary, alias Émile Ajar, se suicida.
Je sais, c’est pas drôle tout ça, pense-t-on, dans un premier temps.

Pourtant, à y regarder de plus près, on y entend une autre petite musique, où l’on croise un corps caméléon, traçant dessins et lettres, pour des lecteurs sans corps, qui s’escriment à les interprêter.

E la nave va…

INUTILITÉS

En lisant j’aime écrire et surtout ce que le lecteur pressé nomme des inutilités. Simon Leys rapporte un des apologues de Tchouang Tseu où un magnifique arbre doit sa longévité au fait que son bois ne sert à rien. Heureux les arbres, comme ceux également de l’île de Norfolk découverte par Cook, impropres à tout usage de charpenterie. De même que ces écrits tracés sur le sable et que la marée recouvre régulièrement. Ça me va très bien disait je ne sais plus qui, l’océan retiré je recommence, je réécris un de ces textes fragiles, ludique, presque inutile, un souffle, un rien.

Martigues 6 avril 2024

RATISSER LARGE

RATISSER LARGE

un titre « liaison dangereuse » pour un artiste « voix du silence »

un titre venu par automatisme suite au dessin ci-dessus

en revanche j’aidais parfois mes parents à râteler le foin

loin des fleurs du mal on l’appelait le farouch en occitan

(trèfle incarnat en langue de Molière et de Ponge)

incarnat proche de celui qu’on ramasse au jeu de baccara

Ratisser ce qui n’est pas pour son action sur ce qui est

Ainsi ratisser reprend du charme : tous les signes venus d’Imagination frottés à Réalité sont bons à prendre à dessein

Red starasta comme on dit paraît-il en russe :

heureux de vous être agréable !