MOTS ROULÉS DANS DU PAPIER JOB

Je ne sais comment dire

C’est pour ça que je l’écris

Pour rouler mes mots en absence

Dans le papier JOB des jours anciens

Sur la pierre ridée de Cassis

Et sa rivière ignorée

En des vaux étranges

dixit Rimbaud

Ce frère d’ombre

D’une voix pas du tout publique

Environnée d’une sœur

Qui devant la mer verte

Allée avec le soleil

Essaie d’en dire

Cassis 29 novembre 2024

Le papier JOB est un célèbre papier cigarette

La rivière de Cassis ici évoquée est un poème  d’Arthur Rimbaud (d’où les italiques)

Une affiche d’Alphonse Mucha pour une publicité du papier JOB

UNE PAGE D’ÉCRITURE

Une page d’écriture c’est réjouissant d’annoncer ainsi la couleur d’abord toute blanche puis au fur et à mesure se remplissant de signes de mots de caractères de lettres de lignes que l’on écrit au stylo plus ou moins fin (0,5 mm en ce qui concerne le fauteur (sic) de cette page) l’écrire sans être le moins du monde écrivain (mais écrivant on le concède) sans jamais savoir pourquoi et en évitant cela va sans dire l‘hilarité mortelle qui ricane derrière tout ce que nous accomplissons selon le dictionnaire portatif de citations qui nous accompagne (article hilarité)

L’écrire maintenant dans le petit espace restant sous le vent mistral qui vient opportunément de se lever non pour tenter de vivre mais pour s’avouer que l’on a encore une fois cédé à la tentation de l’écrire jusqu’au bout (c’était son but) cette foutue page d’écriture maintenant et pour de bon ter/mi/née

DE LA DIFFICULTÉ DE COMMENCER QUAND TOUT VA FINIR

Je me lance enfin dans le texte du jour après avoir raturé trois esquisses

S’il est ainsi difficile de commencer imaginez ce que ce sera de finir ai-je lu hier

C’est un livre sur la fin de toutes choses et en particulier sur les dernières œuvres d’un artiste ou la dernière prestation d’un sportif de haut niveau

L’équilibre précaire avant l’effondrement

Pourtant rien de funèbre et même de mon point de vue une certaine jouissance prophétique

(Je laisse mes lecteurs en juger)

Je suis chaque nom de l’histoire dit l’un, avant de se jeter à  Turin au cou d’un cheval battu et de plonger dans la folie (traduit de l’allemand)

Ce n’est pas la fin Nous nous recroiserons un jour ou l’autre sur l’avenue chante un second dans une version du Tangled Up in Blue  (traduit de l’américain)

Je suis né une année incertaine et les siècles m’encerclent de feu écrit le troisième depuis un camp de déportation (traduit du russe)

Voici pour cette nuit trois présents à méditer

Je les ai transcrits depuis ma chambre blanche dans un grand lit où ma morte en souriant se retourne et me dit :

Que veux-tu sans toi que je devienne ? Ouvre les volets le jour sort des ténèbres !

(longtemps après)

On ne résiste pas à ce dernier ajout proustien, lu sur les voûtes de Saint Marc à  Venise, qui n’est rien moins que l’évocation  de « l’éternel retour » :

Car tout doit revenir, comme il est écrit aux voûtes de Saint-Marc, et comme le proclament, buvant aux urnes de marbre et de jaspe des chapiteaux byzantins, les oiseaux qui signifient à la fois la mort et la résurrection.