TU GRIGNOTES DANS LA NUIT
ce biscuit inactuel que l’on appelle encor – semble-t-il ? – un poème Avec la craie qui le traça sur le tableau noir de l’enfance Avec le stylo feutre bleu qui enjambe les ponts et les refrains présents Avec tes doigts de vieux copiste aimant les lettres illuminées salle des poèmes perdus
TU TE PERDS DANS DES PAGES
si bien qu’entre deux sommes, le livre rouvert semble être un autre roman. Rien vraiment de rassurant. Tu vas faire une lettre dès demain à l’Éditeur en le priant de la transmettre à l’Auteur, qui en sera ravi ou marri. À moins que ce soit l’Imprimeur qui ait assemblé ton exemplaire de manière aléatoire. En attendant, vaille que vaille, tu te dis qu’après tout, ce désordre-là, est un pas ouvert à l’esprit.
Mis en abyme, ton roman prend les couleurs d’une expérience participative. Et te voilà, lecteur libéré, dialoguant, interpellant les personnages, qui semble-t-il n’en font qu’à leur tête. Tu interviens carrément dans leur conversation, l’action, et même tu y vas de ton flux ininterrompu qui en de longues phrases sinueuses entretient la sous-conversation d’un monologue intérieur. Une page perdue, dix de retrouvées.
UN ROUGE GORGE SE BALANCE
sur le frêle grenadier qui porte ses quatre fruits vernissés et ses dernières feuilles jaunes tremblantes au vent de Toussaint. Tout en observant l’oiseau remuant derrière la porte-fenêtre du salon j’improvise une ballade sur mon piano du pauvre mais en sourdine pour ne pas faire fuir le familier. Passe passe passereau Aux morts ne jetons pas la pierre Passe passe mon pierrot Tic tic tic tsuiit La vie est un mystère.
Author Archives: Jean Jacques Dorio
ALICE AU BOIS DE PINS
Encore un petit poème pour Alice
Je l’ai imaginé sous les pins
Où nous promenons ce mois d’août
chaque matin
.
Pimpon pimpon
Voilà le camion de messieurs les pompiers
Qui viennent surveiller le lieu boisé
.
Pas de fumée suspecte
Et pas de feu
Tout va bien
Me dit Alice
Un panier de malices
Sous son bras
On peut continuer la balade
Des baladins
Qui aiment traverser
Le petit bois de pins
.
Aux Martigues 16 août 2025
CONTRE LES MAUX
Contre les maux
Je joue les mots
Les mots lyriques
Les mots épiques
Je joue les mots
D’une nouvelle rhétorique
.
Contre les maux
Je joue les mots
Cris du Tambour
Qui brisent les verres
Vers de Rambour
Mon ami poète
.
Contre les mots
Et les souffrances
Je joue les sons
De délivrance
J’enfourche Dada
Et ses images
Les mots d’Alice
Et le non-sense
.
Contre les mots convenus
De la tribu
Je joue les mots
D’un Art poétique
Où dit Verlaine l’indécis
Au précis se joint
.
Là où s’arrêtent les maux
Commence la musique
Des mots
La colombe de la paix
Et les jets d’eau
Des fêtes du langage
Lents gages
De bibelots abolis
Et de cadavres exquis
Danse joyeuse de la Poésie
SUR LE PAPIER ET SUR L’ÉCRAN
Sur le papier et sur l’écran
J’écris à n’en plus finir
La nuit et sa béance
Ma plume en l’absence
De mes correspondants
Hommes et femmes
.
Faute de mieux je fais des vers
Qui n’ont hélas aucune fame
Plus fol que sage j’use mes gammes
De pensées sauvages et de bri-collages
.
Sur le papier blanc comme neige
Et sur l’écran noir des coups tordus
Sans aucune explique
.
Si ce n’est un énième exercice
d’une écriture qui déplace les mots
Et les morceaux de phrases
Passe d’une ligne sur l’autre
Avec des insertions
Et des approximations successives
.
C’est une lutte contre l’écrivaillerie
dixit Montaigne
qui en faisait le symptôme
d’un siècle débordé
par les écrits
sur les choses vaines
.
Ma plume en l’absence
achève là son essai
dans l’insatisfaction
Je me console en pensant
que les choses vaines
mises de côté
il est encore temps
de s’améliorer
POÈTE POÈME POÉSIE
Un enfant a dit
J’ai mal à la tête
Un docteur a dit
Trop de poésies !
.
C’est inacceptable
A dit un poète
Les mots d’un poème
M’ont toujours guéri
.
Poète poème poésie
.
A child said
My head hurts
A doctor said
Too much poetry
—
Unacceptable
said the poet
The words of a poem
have always healed me
—
Poet
poem
poetry
les deux versions dites par ma fille Pauline et sa fille Alice
avec au final la voix du petit Victor
Sur la terrasse des Martigues 13/08/2025
.
Un niño dijo:
Me duele la cabeza
Un médico respondió:
¡Demasiada poesía!
.
Inaceptable,
dijo un poeta,
Las palabras de un poema
Siempre me han curado.
.
Poeta, poema, poesía