UN PORTRAIT ON DIRAIT

J’ai les yeux noisette avec quelques points verts

J’ai l’heureuse ou la fâcheuse habitude (c’est selon) d’écrire de tout, sur tout, dans un mélange d’hybris et d’effacement de soi

Je suis aussi petit de taille que l’était Michel de Montaigne si bien qu’il m’est aisé de me hisser sur ses épaules de géant pour m’amuser à écrire moi aussi de lilliputiens Essais

J’ai l’amour des livres et des forêts de  Symboles

J’ai la bibliothèque d ‘un amateur avide de tout lire des auteurs qu’il admire et d’ignorer tous ceux qui sont à la mode de chez nous

J’ai la possibilité de modifier ce texte ou même de l’annuler mais je ne le ferai pas

Ce qui est écrit est écrit

Je n’aime pas les repentirs

La Bastide de Besplas Ariège

ÊTRE DE NULLE PART

Être le patron de la Reine des Mers un navire chargé de produits à part

Être couché sur le matelas de la princesse au petit pois

Être celle qui joue divinement du violoncelle de Bach

Être celui qui lance le dé du hasard

Être la pluie et ses baguettes de cristal

Être l’enfant aux semelles de vent

Être l’herbe qui pousse entre les pavés

Être la page écrite cette nuit sur la plage de Botaï

CENT MILLIARDS DE NEURONES

Cent milliards de neurones  s’interconnectent dans ma caboche

Pas facile me dis-je de les sélectionner pour les utiliser à bon escient

Je cherche perplexe à écrire ce petit texte qui me libérerait de ma neuromanie

Mais c’est bien trop ambitieux

Je me gratte les tifs

À toute littérature je deviens rétif

J’ÉCRIS MES DERNIERS POÈMES

J’écris mes derniers poèmes

C’est une décision bête

Ou sage je ne sais pas

Je jette mes derniers grains

De sable sur le papier

Où j’ai tant et tant écrit

Par centaines par milliers

Mes petits propos poèmes

Maille à maille en vers libres

Ou mesurés (ces derniers

Se jouent en heptasyllabes)

J’écrirai désormais

De la prose sans manière

Sur la grève crépusculaire

Sans Regrets sans repentirs

J’écrirai mes feux follets

Rieurs taquins facétieux

Petites flammes de rien

Veilleuses d’éternité

Martigues 29 octobre 2024

LE RECOURS AU DICTIONNAIRE

Jamais je n’écris un texte sans avoir recours au moins une fois au dictionnaire. Cette nuit par exemple il s’agissait de m’assurer de l’adjectif insigne. Mes livres Poèmes à ma morte et Un dictionnaire à part moi, suivent la forme abécédaire. Je feuillete essentiellement Le Petit Robert, je me perds dans  ses étymologies, je lis l’alphabet phonétique pour vérifier la prononciation standard. Je m’égare dans le personnage perecquien de Cinoc, le tueur de mots qui partent à la casse, je pastiche le chanteur Sansévérino, qui répète la cigarette la cigarette la cigarette et moi le dictionnaire le dictionnaire le dictionnaire Ma diction erre de cadavres exquis en enchanteur pourrissant, dans l’impitoyable partage entre les mots et les choses, bric à brac et frictions entre réel et fiction.