ÉCRIRE UN POÈME

ÉCRIRE UN POÈME
Écrire un poème dans la grotte de Platon qui a chassé les poètes de sa cité
Écrire un poème entouré de silence et de rêves suscités par son écriture même
Écrire un poème à deux heures du matin est – l’aviez-vous remarqué ?- un alexandrin
Écrire un poème en déclarant comme Magritte fumant sa pipe ceci n’est pas un poème
Écrire un poème entre deux stations de métro c’est un exercice de style Oulipo
Écrire un poème pour redonner forme au sujet informe
Écrire un poème sur le livre de son ancien professeur de rhétorique en mangeant des chocolats (on dirait du Pessoa)
Écrire un poème à la terrasse des cafés sur son carnet à ressort c’est le sort des poètes qui ne parlent qu’au papier
Écrire un poème dernier c’est Machado à Collioure estos días azules y este sol de la infancia


DORIO 10/11/2025

C’EST TOUJOURS LA NUIT

C’EST TOUJOURS LA NUIT

C’est toujours la nuit
Que j’écris des vers
C’est toujours la nuit
La tête à l’envers

C’est toujours la nuit
Et sans ces ratures
Que rédigent ceux
Qui littératurent

C’est toujours la nuit
C’est un peu magique
Avec mes stylos
Noirs à pointe fine

C’est toujours la nuit
Je lis ce qu’j’écris
C’est bon c’est mauvais
À toi de le dire

Puisque j’ai l’culot
De tout repasser
Taper sur l’clavier
De l’azertyuop

C’est toujours la nuit
J’écris et j’écris
Sur la vie la mort
L’amour les soucis
Phonèmes font
Achèvent nos maux

C’est toujours la nuit
Que j'dessine aussi

NE ME SUIVEZ PAS JE SUIS PERDU

N’étant tenu à rien, je me dis que l’on peut écrire toujours autrement, sûrement mieux, si ce n’est pire.
Je me dis que moins on en sait, en effet, plus on est péremptoire, définitif, parfait, sans possibilité de revenir sur ses pensées, sur ses mots erratiques.
Au lieu, par exemple, d’apposer sur la vitre arrière de sa voiture ce surréaliste « Ne me suivez pas Je suis perdu ».
N’étant tenu à rien, je me dis qu’il ne faut pas laisser prendre ce petit texte de hasard, cette prétention linguistique.
J’abrège et je m’en vais avec l’autre Pessoa, celui qu’aucun critique ne pourra jamais coucher sur ses papiers.
En l’absence ce dimanche matin 9 novembre 2025 du chant des sirènes, nous avons décidé de concert, d’aller déguster un petit pastel de nata, craquant, suivi d’une giginha , la guigne qui vous donne la légère ivresse des cerises à l’eau-de-vie.