Je suis mangé par l’écriture qui me ravage et me ravit
Qui couche sur ma page des personnages qui nagent
Ou qui s’envolent comme des oiseaux
Je suis l’envol des étourneaux qui hésitent
Mais qui finalement se posent
Sur mes lignes à haute tensionJe suis en deuil d’une femme
Qui emportait dans son sac rond
en paille ou en rafia
le dernier « rompol » de Fred Vargas
(suivant avec délices les enquêtes d’Adamsberg)
ou de Dona Léon
(nous faisant partager la vie du commissaire vénitien Brunetti)Je suis ce précipité de filiation
Tourné vers le passé
(comme ce chemin des mythes amérindiens
« qui reculent vers le futur »)
Ou glissant de signifiants en signifiés
Vers l’écriture de bienheureuses parenthèses(une écluse s’ouvre nous changeons de niveau avec nous-même)
COMME UN RÊVE D’ARBRES
Chacune à sa manière
Déployant ses rêveries
Chacun comme un caractère
De mes hypnographiesComme un rêve se coulant
Dans les courbes collinaires
D’un paysage avec figures
En absence
Et cependant quelque chose
Ou quelqu’un nous appelle
Qui insiste et nous met en présence
D’une énigme à déchiffrer :Qui va là ?
Tableau patchwork
50x70 cm
Composé le 22 septembre 2016
Equinoxe d’automne
Par JJ DorioUn pays comme un tissu
Un pays paysage
Un pays passage
De textes en textes
Une profusion de signes
Comme une bannière
Une prière à lever
Entre deux monts
Entre deux mers
Une brassée de couleurs
Pour joncher nos jours
Et illuminer nos nuits
Une toile comme un défiDanielle Nabonne 30/08/2023
Entre griffures
Et racines
De la bête aux aguets
À l’homme masquéDanse du désir
Et de la mort
Une femme coud
Les morceaux de la pièceEt son aiguille raconte
Ce qui était et ce qui fuitCe qui demeure
Face à ce qui se dérobe
Le lent et patient travail
De la créationDanielle Nabonne 30/08/2023
COUDRE LE MONDELe monde a plusieurs couches
En chacune vivent plusieurs esprits
Coudre le monde c’est les visiterTableaux Kuna : les molas un art d’Amérique
Un précieux livre d’art et d’ethnologie
Michel Perrin 1998
Coudre le monde : Molakana
Coudre les tissus bariolés des indiennes Kuna
Coudre les oiseaux sur fond de madréporesCoudre les mythes et leurs secrets
Coudre les points de ton cœur avec un fil passé dans tes papiers de condamnée
Coudre ces créatioures qu’on ne sait nommer en français
Coudre l’amour de si près saisi qu’il crie sans cesse au feu (Marot)
Coudre les ballades et la ronde de tous les gars du monde et des veuves de marinsCoudre les fleurs bleues ou bien les blanches
Coudre un cœur pour la fête des mamans qui meurent un dimanche
Coudre l’Adieu à l’enfance
Coudre les poèmes à dire et à chanter
Coudre l’oubli d’éternitéCoudre les souhaits et les promesses de paix trésor qu’on ne peut trop louer (Charles d’Orléans)
Coudre les libres pensées avec des vers dorés
Coudre nos dictionnaires de Pierre Bayle et d’Alain ReyCoudre les soleils irréductibles d’un 14 juillet
Coudre Batouque rythme du tamtam sur la machine à écrire de Césaire (Aimé)
Coudre les souvenirs de mon aimée quand nous buvions aux sources des bois la gorge en feu
Coudre tout ce qui ne se coud pas
Coudre ce qui secoue les jeux des forains sur les places en fête
Coudre le temps des cerises sur un exemplaire des Misérables
Coudre la brise marine sur la nostalgie du présent
Coudre tout ce qui brise la malédiction des gueux et des famines
Coudre cet apoème sur le cahier d’un écolier qui dit pouce…
c’est terminé !Jean Jacques Dorio
Extrait d’un vieil « apoème »
reprisé ce mercredi 30 août 2023
autour de minuit
invitation à l’écriture
des visiteurs et visiteuses
de cette page multiple
et bariolée
« Le temps des occupations quotidiennes, dans lequel nous courons sans cesse après quelque chose, est un temps horizontal. Celui de l’exercice poétique se ramasse sur lui-même et engendre un mouvement ascendant. Il est un pur présent. «