SISYPHE DE LA NUIT

ÉCRIRE LE DÉTAIL LE DÉTAIL DU DÉTAIL au risque de se perdre d’esquisses en esquisses Reprises de fragments d’une perle baroque au passé composé : longtemps on s’est hasardé à confondre les états de veille et les états de rêves, leurs écarts et leurs résonances Longtemps on a tissé leurs pièces décousues et ( comme dit la chanson) On a roulé carrosse On a roulé sa bosse  Telle le roc des ténèbres d’un Sisyphe de la nuit Celui que l’auteur du mythe revisité imagina « heureux » 1 Libre de colporter, dans ses réécritures acharnées, sensations et images, personnes et personnages, souvenirs réactivés dans leurs moindres détails Un lecteur créatif 2 s’est nourri de ces voix qui promettent des mondes, celles qui parlent dans les bibliothèques, et celles qui disent : c’est ici qu’on vendange « Les fruits miraculeux dont votre cœur a faim » 3

1 Albert Camus (Le mythe de Sisyphe) 2 Marcel Proust à propos de Baudelaire 3 Charles Baudelaire

JE ME SOUVIENS de l’art d’enchaîner





13 Je me souviens de Messieurs les censeurs Bonsoir !

14 Je me souviens que ma grand-mère Germaine ramassait des orties pour en nourrir ses petites oies

15 Je me souviens d’Action Poétique, de Change, mais pas de Tel Quel





16 Je me souviens du rouge est mis et du cadavre exquis

17 Je me souviens des Pléiades qui sont les étoiles de la pluie dans la mythologie des indiens Goajiro

18 Je me souviens du Chemin des indiens morts, le recueil de ces mythes rapportés et mis en perspective structuraliste par mon ami Michel (Perrin)





19 Je me souviens d’avoir lu à haute voix sans rien y entendre les Illuminations dans les Andes fleuries de frailejones « espeletia pycnophylla »

20 Je me souviens des frères des frères des frères il y avait il y avait il y avait une fois…ce mythe nous retiendra très longtemps

21 Je me souviens des navets que mon père tranchait pour nourrir les cochons (mais je ne me souviens pas des rutabagas)





22 Je me souviens des Tres Tristes Tigres  (Trois tristes tigres) et de la nuit passée à La Havane avec mon amoureuse

23 Je me souviens de l’atelier-fruits, inducteurs d’un atelier d’écriture imaginé par Josiane Dorio, que nous avions préparé de concert et fait exécuter par des participant.e.s enthousiastes à la Bugade de Villeneuve les Avignons

24 Je me souviens de l’art d’enchaîner dans des éléments non-formels tels que reflets, résonances, allusions, transferts, supputations, selon Bashô (1644-1694)


	

SORTIR DE LA DURÉE

SORTIR DE LA DURÉE

Et quand personne ne me lira, ai-je perdu mon temps de m’être entretenu tant d’heures oisives, à pensées si utiles et agréables ?

Ai-je perdu mon temps de m’être rendu compte de moi si continuellement, si curieusement ?

Car  ceux qui se repassent par fantaisie seulement et par langue quelque heure, ne s’examinent pas si primement, (« finement ») ni ne se pénètrent, comme celui qui fait son étude, son ouvrage et son métier, qui s’engage à un registre de durée, de toute sa foi, de toute sa force.

                                                                             Michel de Montaigne





La pirogue issue d’un seul tronc d’arbre, les deux piroguiers, indios panares, venus chercher leurs visiteurs aux barbes étranges, étrangers, pour leur faire traverser, réellement et symboliquement, el río Cuchivero, affluent de l’Orénoque. Ce passage remémoré un demi-siècle après, entre deux temps distincts, celui du calendrier, des montres et des pages d’écriture, et le temps-autre des paroles, contant au rythme des hamacs, les mythes circulaires et collectifs, qui nous plongeaient dans ce passé d’où remonte le futur. En écoutant ce soir Palestrina, je rature inconsciemment le palimpseste de mes mémoires enfuies, tentant vainement de sortir de la durée : ces moments d’éclaircies où la mort est absente.

JJ Dorio UN DICTIONNAIRE À PART MOI (texte en cours)