L’ENCRIER

L’encrier brisera les canons

Victor Hugo

Je n’use plus de l’encrier qu’en l’écrivant sur mon papier
Encrier disparu sans crier gare 

Je me souviens que certaines nuits à force d’y tremper ma plume sergent major
Son encre devenait sang noir

Comme la bonne "sanquette" des hussards noirs
Instituteurs porteurs de République et de Laïcité

L’encrier en porcelaine blanche était posé dans un pupitre d’écolier
C’était le bénitier de la seule église que j’ai fréquentée 

TU TE SOUVIENS DES PROBLÈMES DE TRAINS ?





– Tu te souviens des problèmes de trains ?

– Pas très bien.

– Mais oui rappelle-toi, c’était pour nous embrouiller quand nous naviguions de conserve à la petite école.

Ils partaient de deux villes éloignées, ils ne partaient évidemment pas à la même heure, ils roulaient à des vitesses différentes, ridicules antétégévé. Et la question était « À quelle heure doivent-ils se rencontrer ? ». Tu percutes ?

– Ça me fait penser à la rencontre accidentelle d’un poète et de son dernier lecteur. 

– Puis, après les trains, il y avait les problèmes des clous que l’on enfonçait dans des planches de différentes épaisseurs, pin, chêne ou épicéa, etc.

– Arrête tu vas me faire devenir marteau !





Dialogues intérieurs XVIII

COMME UN TABLEAU NOIR





Comme un tableau noir de l’école communale

Le grand art enfantin à coup de craies plus blanches

Qu’un fond de Constellations de Joan Miró





Des étoiles de roses d’un sonnet de Ronsard

Étouffées par la mort qui nous a laissé choir

Un souffle un presque rien le cycle recommence





Comme ce tableau noir suscitant l’enjouement

Étude des trilles des vols d’engoulevent

Bestiaire des faucons hagards et crécerelles





Comme des lignes de naissances successives

Les sillons nouveaux les mottes luisantes les vers

Attirant les merles et les bergeronnettes





Les travaux et les jours la palette des nuits
Le temps est à la neige efface ce poème

Qui sautait à la corde d’un temps qui s’est perdu





05/01/2021

manuscrit + hypnographies

LE CORPS D’UN POÈME

manuscrit premier jet 18/09/2020




LE CORPS D’UN POÈME





C’est de l’or et du purin

Le sable fin des pavés

La Commune utopique

Le sang versé par les Versaillais





C’est ma communale

Mon école accordéon

Des apprentissages rêvés

Et d’une vita nova





C’est ce qu’il nous faut creuser

Malgré tous nos déboires

Cherchant à y voir clair

Face à ce qui se dérobe*





Maintenir nos petits dispositifs

Qui font de l’écriture d’un poème

Mille ajustements créatifs

Où le corps en action

Élève notre esprit





*Henri Michaux

poème écrit ce 18 septembre de l’an 2020

LA MAISON D’ÉCOLE

UN DICTIONNAIRE À PART MOI
(enfance...suite)

la maison d’école

l’école était au centre du village grande bâtisse imposante dont je ne me suis jamais demandé qui l’avait faite construire par qui et pour qui – regrets tardifs – maison d’école réservée aux couple d’instituteurs qui occupaient les pièces du premier et aux élèves dans les salles du bas – petites classes à gauche dirigées par la maîtresse Madame G. ou Madame D. et grandes classes à droite mais salles séparées où officiait son époux Monsieur – c’étaient des maîtres quasi sacrés des « régents » en occitan réjints – pour la prononciation –  quand je les rencontrais enfant je n’étais pas tranquille – disons – je levais mon béret, je formulais distinctement bonjour monsieur – plus prosaïquement nos instits étaient gavés de victuailles venues des tueries de cochon du vin des vendanges des lapins poulets pour mes parents et des produits du jardin bien que nos régents issus eux aussi de parents paysans savaient cultiver le leur – un jardin leur était attribué –

comment j’appris ou je n’appris pas à lire

l’école était la priorité des priorités le lieu d’où sortait le savoir le vrai mis à part le bran rabelaisien que j’ai plus haut évoqué (pas ici) j’y entrai pour des raisons plus nobles comme un phénomène – déjà je savais lire avant de commencer ! –  en réalité j’avais appris par cœur un petit livre où je m’assimilais à un ours tournant les pages au moment opportun mon grand-père Vidal me l’avait peut-être enseigné un de mes premiers souvenirs d’enfance est celui de sauter sur ses genoux entraîné par ce cheval imaginaire – ahi ! coco ! – qui me faisait passer du pas au trot et du trot au galop au galop et tout ça avec le bruit des sabots en bois avec des lanières de caoutchouc – quant te coustéron les esclops quand eron naous – combien t’ont coûté tes sabots quand ils étaient neufs