Trouée sur l’azur
Cigale vient de cesser
Vent léger du soir

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
Trouée sur l’azur
Cigale vient de cesser
Vent léger du soir

On ne fait pas de poèmes. Ce sont les poèmes qui nous font.
Borges écrivant el hacedor, affirme que nos existences sont traversées d’êtres de fictions : la rumeur d’Odyssées et d’Iliades.
Mais, ce qu’éprouvait ce témoin de poèmes en train de se « fabriquer », (lecteur et auteur tout à la fois), nous n’en saurions jamais rien.
Borges connaissait son Valéry : « un poète n’a pour fonction de ressentir l’état poétique. Il a pour fonction de le créer chez les autres.»
C’est à l’autre écrit-il que les choses arrivent.
Moi, j’arrose mes plantes que l’été malmène, puis je bois le café noir sur la table d’eucalyptus, où je prose ces vers.
Pas de ratures s’il vous plaît
Ici on n’a pas la prétention
De participer à l’aventure
Littérature
.
On fait des vers
En s’efforçant
De lier son et sens
Comme mari et femme
.
On écrit d’abord
Dans sa tête
Des images venues
D’on ne sait où :
Du devisement du Monde
De l’écriture magnétique
Des exercices d’exorcisme
.
La suite au prochain texto
Ce qui détermine le cours des choses : un rien, dit Tabucchi.
Ainsi le cours de cette prose, qui va naissant dans un bar de la Plaza de Armas de Cuzco. Une chanteuse dans le suraiguë, accompagnée par un harpiste buvant comme un trou l’alcool local, du pisco.
Un rien, cette fois du côté de Lisboa, la phrase d’un poète maudit : Dis-moi, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d’habiter Lisbonne. Il doit y faire chaud et tu t’y ragaillardirais, comme un lézard.
Et à contre courant, ce désir baudelairien de vivre n’importe où, pourvu que ce soit hors de ce monde, une heure immobile, non indiquée sur le cadran, leggera come un suspiro, rapida come un colpo d’occhio.
Un soupir, un coup d’œil, deux petits riens…
J’ai oublié Anne ma sœur Anne
J’ai oublié un soir de demi-brume à Londres
J’ai oublié Regardez-les mon âme ils sont vraiment affreux
J’ai oublié la nuit jaillissante avec son bec de freux
J’ai oublié sur le minuit lugubre le corbeau d’Edgar Poe
J’ai oublié Alice tirant les moustaches du chat de Simulombula
J’ai oublié Perette et le pot à lait
J’ai oublié tous ces refrains et toutes ces fredaines
Mais les secrets que tu me chuchotais
Tes tendres gloses
Jamais au grand jamais
Je ne les oublierai
Martigues 13 février 2022
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