MICHEL COSEM

Ces poèmes écrits au fil du temps, des déplacements, des lectures, des autres travaux d’écriture traduisent une vision du monde, une façon de m’adresser à la nature, à l’imaginaire. C’est le seul message que j’ai envie que l’on ressente comme si je tenais à meubler de mots et d’images l’univers qui m’entoure et m’accompagne et dans une certaine manière de lui donner du sens et de la couleur. C’est en cela que la poésie m’est essentielle et m’accompagne dans la vie quotidienne et dans les voyages plus ou moins lointains. Chaque recueil est ainsi un petit morceau de temps parsemé de quelques pépites qui résistent à l’effacement.

Michel Cosem 4° de couverture L’Âme de la Grande Ourse Encres Vives 422°

HÊTRE OU NE PAS HÊTRE

HÊTRE OU NE PAS HÊTRE

Il y a comme un grand trou dans la forêt sous le feu du réchauffement climatique

Le hêtre, h aspiré par le stress hydrique, sacrifie ses feuilles, puis sa ramure, entre en dormance et connaît son dernier printemps si la sécheresse persiste

Mais le mort peut rester sur pied jusqu’à deux décennies

Les pics y logent alors et les insectes saproxyliques se goinfrent du bois en décomposition

Adieu la chouette de Tengmalm et au loir qui aiment les hêtres vivants et fringants

Notre hêtre toutefois en a vu d’autres Il est né sur terre il y a cinquante millions d’années et sous sa forme actuelle marque sept cent mille ans au compteur

En grande difficulté il met les voiles vers le nord ou prend un peu d’altitude pour s’adapter et se modifier

Et pour le reste pour les humains d’aujourd’hui impossible de savoir la suite Mais ils auraient intérêt à tout faire pour ne pas que s’amplifie ce grand trou dans la forêt des hêtres suprêmes où tant de menaces s’allient à tant de promesses de persister

sources Le Monde 13 juin 2023