ET RETIENS TOUT AFFIRME ET ADDITIONNE

Et des sensibilités.

Et retiens tout, affirme et additionne, sur le chemin on est, on imagine, on, en majesté : tu es, nous sommes, et composant, et défendant, sans rien sur les épaules, sur le chemin un reste de soleil, des épreuves et des sensibilités, tout aurait penché sur le possible, tu y étais, tu tenais du plus loin au plus ensemble,

je cherche et je te tiens, du chemin au soleil pâle, sans y penser, des rivières de sentiments, cœur de diamant, et coupe, coupe, tu y penserais, tu te souviendrais, soutenant, en marche tu reviens, tu serpentes, pâle soleil et œil robuste, durement et encore, se donner, devant, en avant, sait-on, devant,

on ne sait pas, on ne sait rien, que reste-t-il, des aveux et des secrets, la mémoire, tu respires, tu tiens, sur le chemin tu donnerais un coup de pied aux herbes, aux branches à terre, frottement, écorçage, tempérament, défaut et solitude, une histoire pour dire les jeux oubliés, les rires effacés, larmes,

en chemin, porte et emporte, avance et recommence, abandon, le pied dans les aiguilles, sous un pin tu cherches, de branches en branches, écorces à bateau, et vogue, vogue, de la source au plus profond, on avance, tu respires, il y avait des enfants en partance, l’espérance du profond, de la source,

au grand fond, tu penches, tu regardes, les yeux sous les aiguilles, résine, comprenons bien, y sommes-nous, nous fûmes enfants, attirés de la source au plus profond, tu te noierais, tu irais entre les feuilles et les branches, arbres perdus, enfants abandonnés, poissons sous les cailloux, une feuille en surface,

assis au bord, le flot passe, s’il brûle en l’espace et au bord du flot tout passe, on cherche et on cache, tout glisse, je te demande, je te retiens, tu te penches, y sommes-nous, à l’horizon sans oublier, sans oublier, je suis à ta dérive, je te tiens, tu serres, que reste-t-il, des yeux souffrants, et on imagine,

on, en majesté tu es, nous sommes, et composant, et défendant, sans rien sur les épaules, sur le chemin un reste de soleil.

Michel Chalandon

lecture JJ Dorio 29 avril 2023

UNE MARGE DE LIBERTÉ

UNE MARGE DE LIBERTÉ étroite comme le cahier d’écolier qui recueille ses écritures dans le jour qui fuit En marge des recueils célébrés –toujours posthumes- Marge rage brûlée de mistral Marge margelle du puits où luisent de longs cheveux d’argile Marge lyrique pendue aux cravates de chanvre Marge circulaire clair bruit des mêmes soleils revenant des larges buffets de vieilles vieilleries En marge des vieux ports et des îles lointaines En marge des aphorismes sur le ring de points en points virgules Marge polyglotte traduite des silences Marge sans égards pour ce chapelet de poussière et d’ombres En marge d’un petit tour une volte dans les arènes sanglantes du siècle XX En marge de la censure de l’Âge d’or de la Curie Marge à la marge de la fin du siècle : paroles de théâtre, phrases de romancier, flashs poétiques, mascarades, vieux truc platonicien qui consiste à amener le lecteur dans la caverne et de lui faire croire que les choses sont réelles Marge margelle où s’asseyaient les pèlerins du bout des chemins La marge de chaque homme étranger à soi-même dans la vie reconstituée

POÈMES POUR LES ENFANTS ET POUR LES RAFFINÉS

2

TROIS PAPILLONS

Un papillon vole en mon cœur
C’est un monarque orange et noir

Un papillon entre en mes rêves
C’est un morio presque un dorio

Chouette est le nom du troisième
Il est de soie et de dentelle

Papillon de mon palpitant
Papillon qui rêve de moi
Papillon de nuit si chouette

Trois papillons Tout un poème !

ALORS QU’EST-CE QUE TU AS ÉCRIT CETTE NUIT? 5 Assis sur le pavé des villes

5

ASSIS SUR LE PAVÉ DES VILLES

-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? -Ne m’en parle pas, j’ai côtoyé l’abîme des hommes, des femmes et quelquefois des enfants, qui vivent dans la rue. -Des SDF veux-tu dire ? -Encore un acronyme pour cacher la réalité. On crève sous les acronymes. -Alors quoi ? -C’est encore un de mes rares amis qui a eu l’audace de faire 15 lignes pensées et qui font réfléchir, au-dessus d’une photographie d’un pauvre diable assis sur le pavé des rues, adossé au portail rond d’une cathédrale, couché sur un matelas de mousse, (loin du trou de verdure où mousse une rivière), assise sur un bout de carton devant un titre du Courrier picard : Animaux sauvages en ville, ou cette autre, pliée en deux, cassée, claudiquant dans une galerie de marbre, tenant dans ses pinces un gobelet de carton, ou, plus lyriquement, jouant du rebec rue du Taur à Toulouse. Ou bien encore, on est devant le cimetière du Mont Parnasse, qui permet à nos mendiants, nos échoués, nos laissés pour compte du champ de bataille de l’hyperconsommation, nos cloches et nos quasimodos, « d’aller pisser chez les morts ». Jean-Louis rambour Pauvres de nous Gros texte 2020

POÈMES POUR LES ENFANTS ET POUR LES RAFFINÉS

1

Légère et douce
La pluie d’été
Dans mon jardin
Fait repousser
L’herbe et le thym

Après la pluie
Dans l’amandier
Reprend le son
Sec sec sec sec
D'une cigale

Puis c’est la nuit
La chaleur cesse
Chauves-souris
Se font la course

L’enfant s’endort
Sous la grande Ourse