POÈMES EN VOIE D’EXTINCTION

Poèmes nécessitent 
Rumination et méditation
C’est pour cela
Que dans une époque
Qui nous mitraille
De tweets et d’agressions verbales
Ils sont une espèce
En voie d’extinction

Enfants des mille désordres
Nous étions secourus
Par la pratique de la récitation
Et du fou rire
Quand la hache du non-sens
Nous faisait dérailler
Disant un mot pour un autre


Enfants aux cheveux blancs
Nous sommes l’immense minorité
Qui persistons 
Cousant le monde de mille pièces 
À contre temps
À contre courant
Dans les remous
Qui nous portent
Ou nous noient

LA MUSE ALEXANDRINE

J’ai encore marché toute la nuit sans toi
En restant immobile dans mon lit rêvassant
J’ai marché sur la dune qu’on nomme le Pilat
	Sans me faire de bile puisque tu n’es plus là	

J’ai marché sur la lune comme Armstrong et Aldrin
Faisant des sauts de puce avec l’ami Pierrot
Ranimant sa chandelle pour écrire ces mots
Au chevet de sa muse Madame Alexandrine

Les temps sont difficiles pour ceux qui l’aiment encor
Qui la choient qui l’entraînent dans des vers sautillants
Qui lui cueillent des fleurs de houx et de bruyère

Qui méditent en marchant lisant et écrivant
Sonnets crépusculaires ou soleils persistants
Sur les pages de rêves écumant sur nos grèves

UN BOUT D’OUATE DANS UNE BOUATE

Un bout d’ouate dans une bouate
(c’est du pur Queneau) 
Un bout de doigt
Orné d’une bague à Jules
Et à Julie
Un verre à dent
Rempli de Badoit
L’eau préférée d’Ève
Et d’Adam
Un coq qui coquorime
Et un tchot
Qui hulule
O !U !O !U ! O Ursule
Un paradis né de la boue
La gadoue la gadoue la gadoue
Un gars doux
Qui composa 
Une nuit de brume
Et d’ouate 
Cette fantaisie
Qu’il conserva
À l’abri
Des assassins de la poésie
Dans une bouate

LES POÈTES TRAQUÉS PAR LA POSTÉRITÉ

LES POÈTES TRAQUÉS PAR LA POSTÉRITÉ

C’est vraiment formidable de relire les poètes traqués par la postérité
Et qui lui disaient merde et remerde 1
Avec une plume d’oie
Glissant sur le papier

Ils torchaient leurs poèmes sous un grand chêne
Un chien à leur pied les protégeaient des bûcherons et de leur cognée

C’était bien avant les tronçonneuses, l’abattage, le débitage, l’ébranchage, l’élagage,
Qui ont produit ces textes dénués de toute poésie.

Triste histoire
Mais que l’on oublie
En se replongeant
Dans les poèmes
 Écrits à la plume 
Et au doigt

Toute une allégorie !

1Raymond Queneau

LE DERNIER POÈTE DU BLED

Éviter le lieu commun c’est toute l’essence de la poésie a dit en vers boiteux le dernier poète du bled
(forcément inconnu dans la capitale)

Il l’a dit à Didi en personne, slui qui dans En attendant Godot, joue le rôle de clochard céleste :

« -Peut-on savoir où mossieu a passé la nuit ?
-Dans un fossé.
-Et on t’a battu ?
-Si.
-C’étaient les mêmes ?
-Oui, toujours les mêmes. »

On était loin du petit chant de flûte, qui accompagnait les poèmes des années bucoliques.
C’était avant les transistors et au théâtre ce soir à la télévision.

Le dernier poète referme son Bled
Sa dernière ligne flotte dans sa tête
Mais nul ne la connaîtra
Et surtout pas les esthètes !