ÉCRIRE DES POÈMES


C’est dur d’écrire des poèmes
Mais on fait ce qu’on peut
Simplement on s’applique

De Poésie on joue le jeu
En puisant dans les rimes
Et le vocabulaire
Les vocables en aime
Les mots du dictionnaire
De A comme abîme
à Z comme zultime

Et à la fin par honnêteté
On fait suivre la dernière ligne
de l’adjectif… inachevé

IL NE PLEUT PLUS DEPUIS QUARANTE JOURS


Il ne pleut plus depuis quarante jours
C’est le déluge à l’envers
Noé pleure ses bêtes qui crèvent une à une
Dans les grasses prairies transformées en désert

Il ne pleut plus depuis quarante nuits
Les sorciers font des salamalecs
Les sourciers cassent leurs baguettes
On ne sait plus quel saint d’eau invoquer

On essaie Nougaro La pluie fait des claquettes
On rechante Bécaud Le jour où la pluie viendra

Pluie ô pluie ô pluie ô pluie ô pluie ô pluie
Gouttes d’eau gouttes d’eau gouttes d’eau gouttes d’eau
Miracle il pleut averse averse averse à verse

Mais pourquoi bonguieu n’a-t-on pas pensé plus tôt
à Raymond Queneau !


JE NAQUIS EN ARIÈGE

JE NAQUIS EN ARIÈGE En quarante-cinq Ah Ris ai-je dit au chat Qui la langue me tire Mon père labourait Semait le blé et l’orge Ma mère cuisinait les produits du jardin le poulet le lapin le canard le cochon l’omelette des poules la soupe au lait des vaches que mon père trayait Fils unique j’étais l’espoir de la famille Instituteur serais Rien de moins rien de plus J’apprendrai za compter Lire faire pâtés D’encre Bâtons et lettres Aux marmots de l’école Plus de porcs de couvées De labours de semailles La mort des paysans La vie d’un enseignant Et voilà tout est dit Le chat s’est endormi Je lui ai donné ma langue Et cet écrit étrange Des débuts de ma vie Avec les animaux Les projets de mes vieux Confidences à mi mots Pensées les yeux fermés Sans flonflons ni enflure Entre rires et pleurs Maintenant que les fleurs Des fêtes de nos vies Ne sont plus qu’avenir Au passé aboli

ALBERT MANQUE DE FER

Je dois manquer de fer 
dit Albert
Qui n’arrive plus à monter la côte
Qui le mène à son logis

Demain : épinards
Choux de Bruxelles
Et brocolis
Lui dit Albertine
Qui se porte à côté de lui
Comme un charme

Ah ! non pas de brocolis
dit Albert
La dernière fois
Ils m’ont donné la jaunisse


Oh hisse oh hisse
Dit-il pour s’encourager
Mais le cœur n’y est plus
Et d’ailleurs le lendemain dans son lit
Il défaillit

QUE FAIRE DU MONSTRE DU KREMLIN ?

Poutine ne détruit pas seulement l’Ukraine, il détruit la Russie, il détruit la langue russe. Aujourd’hui, alors que ses bombardiers s’en prennent aux écoles, aux universités et aux hôpitaux, la langue russe me semble l’une des victimes secondaires de cette guerre affreuse. Andreï Kourkov (Journal d’une invasion)

QUE FAIRE DU MONSTRE DU KREMLIN ?

En lançant sa guerre d’extermination contre le peuple ukrainien, Poutine vient de récréer l’homo sovieticus, le citoyen zombie d’un état totalitaire. Il n’y a qu’un seul impératif catégorique pour nos fragiles démocraties, c’est d’armer les valeureux ukrainiens jusqu’aux dents, afin qu’au-delà de leurs sacrifices, ils puissent broyer, d’une manière ou d’une autre, le monstre du Kremlin.

*

Sur l’Ukraine j’use beaucoup de papier que je froisse ensuite

et jette à la poubelle (de l’histoire avec sa petite hache)

Et cependant si

Parler est impossible

Se taire est interdit 1

Et le bâillon n’a jamais fait bon ménage avec la poésie

Aussi Poutine le Petit grimpe au néant

Je lui laisse sa page

Mais j’en prends le verso 2

Et j’objecte à sa bouche d’ombre semant haine et terreur

la pensée libre

échappant à la fin de la tragédie

à l’histrion sinistre qui tente de nous étouffer

Cet être de fureur, de sang, de trahison

Il faut qu’il reste horrible

Et finisse en prison 2

1 Elie Wiesel (à propos des camps d’extermination) 2 Victor Hugo (Les châtiments)