C’est dur d’écrire des poèmes Mais on fait ce qu’on peut Simplement on s’applique De Poésie on joue le jeu En puisant dans les rimes Et le vocabulaire Les vocables en aime Les mots du dictionnaire De A comme abîme à Z comme zultime Et à la fin par honnêteté On fait suivre la dernière ligne de l’adjectif… inachevé
Author Archives: Jean Jacques Dorio
IL NE PLEUT PLUS DEPUIS QUARANTE JOURS
Il ne pleut plus depuis quarante jours C’est le déluge à l’envers Noé pleure ses bêtes qui crèvent une à une Dans les grasses prairies transformées en désert Il ne pleut plus depuis quarante nuits Les sorciers font des salamalecs Les sourciers cassent leurs baguettes On ne sait plus quel saint d’eau invoquer On essaie Nougaro La pluie fait des claquettes On rechante Bécaud Le jour où la pluie viendra Pluie ô pluie ô pluie ô pluie ô pluie ô pluie Gouttes d’eau gouttes d’eau gouttes d’eau gouttes d’eau Miracle il pleut averse averse averse à verse Mais pourquoi bonguieu n’a-t-on pas pensé plus tôt à Raymond Queneau !
JE NAQUIS EN ARIÈGE
JE NAQUIS EN ARIÈGE En quarante-cinq Ah Ris ai-je dit au chat Qui la langue me tire Mon père labourait Semait le blé et l’orge Ma mère cuisinait les produits du jardin le poulet le lapin le canard le cochon l’omelette des poules la soupe au lait des vaches que mon père trayait Fils unique j’étais l’espoir de la famille Instituteur serais Rien de moins rien de plus J’apprendrai za compter Lire faire pâtés D’encre Bâtons et lettres Aux marmots de l’école Plus de porcs de couvées De labours de semailles La mort des paysans La vie d’un enseignant Et voilà tout est dit Le chat s’est endormi Je lui ai donné ma langue Et cet écrit étrange Des débuts de ma vie Avec les animaux Les projets de mes vieux Confidences à mi mots Pensées les yeux fermés Sans flonflons ni enflure Entre rires et pleurs Maintenant que les fleurs Des fêtes de nos vies Ne sont plus qu’avenir Au passé aboli
ALBERT MANQUE DE FER
Je dois manquer de fer dit Albert Qui n’arrive plus à monter la côte Qui le mène à son logis Demain : épinards Choux de Bruxelles Et brocolis Lui dit Albertine Qui se porte à côté de lui Comme un charme Ah ! non pas de brocolis dit Albert La dernière fois Ils m’ont donné la jaunisse Oh hisse oh hisse Dit-il pour s’encourager Mais le cœur n’y est plus Et d’ailleurs le lendemain dans son lit Il défaillit
QUE FAIRE DU MONSTRE DU KREMLIN ?
Poutine ne détruit pas seulement l’Ukraine, il détruit la Russie, il détruit la langue russe. Aujourd’hui, alors que ses bombardiers s’en prennent aux écoles, aux universités et aux hôpitaux, la langue russe me semble l’une des victimes secondaires de cette guerre affreuse. Andreï Kourkov (Journal d’une invasion)
QUE FAIRE DU MONSTRE DU KREMLIN ?
En lançant sa guerre d’extermination contre le peuple ukrainien, Poutine vient de récréer l’homo sovieticus, le citoyen zombie d’un état totalitaire. Il n’y a qu’un seul impératif catégorique pour nos fragiles démocraties, c’est d’armer les valeureux ukrainiens jusqu’aux dents, afin qu’au-delà de leurs sacrifices, ils puissent broyer, d’une manière ou d’une autre, le monstre du Kremlin.
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Sur l’Ukraine j’use beaucoup de papier que je froisse ensuite
et jette à la poubelle (de l’histoire avec sa petite hache)
Et cependant si
Parler est impossible
Se taire est interdit 1
Et le bâillon n’a jamais fait bon ménage avec la poésie
Aussi Poutine le Petit grimpe au néant
Je lui laisse sa page
Mais j’en prends le verso 2
Et j’objecte à sa bouche d’ombre semant haine et terreur
la pensée libre
échappant à la fin de la tragédie
à l’histrion sinistre qui tente de nous étouffer
Cet être de fureur, de sang, de trahison
Il faut qu’il reste horrible
Et finisse en prison 2
1 Elie Wiesel (à propos des camps d’extermination) 2 Victor Hugo (Les châtiments)