AI-JE VRAIMENT JAMAIS SU LES ÉCRIRE

Ai-je vraiment su les écrire ces poèmes que le vent me fait faire levant la main de temps en temps comptant les pieds quand je revisite les poèmes des poètes d’antan Passant parfois à la ligne mais non systématiquement (la ligne et moi ça fait deux et même trois : une ligne pour lotodorxie une autre pour l’hétérodoxie et la troisième pauvre de nous !) Pauvre du cri primal et de la communale Pauvre du vin bourru et de mon petit ru sur lequel je jouais enfant avec des boîtes de sardines Sardines des premières tentes que nous plantâmes avec deux copains d’études dans un champ au hasard du côté du Monténégro le mont noir en surplomb d’une mer que l’on dit Adriatique On aurait dû l’appeler l’Albertine comme l’héroïne de Qui-Vous-Savez qui a donné son nom à la librairie française près de Central Park Ai-je jamais vraiment su les écrire mes poèmes perdus et qu’un verre de gnole offert au réveil du matin par une jeune monténégrine me donne envie ce soir de retrouver le 9 janvier 2023 un soir de clair de lune à Londres

LÀ OÙ LES MOTS VIVENT LA NUIT

Tu es dans le sommeil du livre Là où les noms vivent la nuit * Là où les mots font feu d’un bois Où passent fables et légendes Tu les dis, les tords, les écris Sur l’écran blanc de tes nuits noires Tu les confrontes aux mythes indiens Où le passé est un chemin Qui recule vers le futur Là où les mots perdent leurs poils Dans un jardin glapit Goupil Le livre va se refermer Ce huit janvier 2023 23 Perers Road in London. * Jacqueline Saint-Jean

APRÈS TROIS ANS REVISITÉ

Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle Non le vieil homme mais l’arbre comme un peuplier Épinglé par Verlaine avec la Velléda Après trois ans je l’ai appris il y a longtemps Par cœur comme il se doit pailletant chaque vers D’un accent à couper au couteau occitan Le monde sans pareil ne portait qu’un Soleil : l’enfance d’un élève qui croyait en l’école À ses vieilles ballades aux contes du passé La bouche en cœur sur les valeurs républicaines Il poussait chaque jour la porte du progrès Aujourd’hui c’est fini le monde n’est plus en quête D’absolue modernité Chacun tire à hue Et à dia poussant sa plainte sempiternelle

CHANSON D’UNE ÉPIPHANIE

Laissons sibiler les serpents Qui a écrit ce vers ma chère Sibiler n’est pas syllaber Laissons syllaber les enfants Dans une école ensoleillée C’est le jour de l’épiphanie Dont il sort la fève nouvelle Ouvrez lecteurs ouvrez vos cœurs À la pulsation des ruelles Celles où les vers s’accumulent Sibyllins ou brodés d’écume Qui font sibiler les cœurs purs En chantant des songs sur un banc Leur bouche en cœur dépiphanie