Du deux au onze juin de l’an deux mille vingt trois J’ai marché chaque nuit dans la forêt des mots A l’abri dans une chambre-cabane du quartier d’Hammersmith in London Ce fut un grand plaisir de laisser ainsi pousser mes bois comme des petits pois Aujourd’hui dimanche je retourne en Provence avec mon carnet d’écriture dans l’avion de British Airways Il faudra de retour au bercail Éclaircir tout ça En souhaitant que les fumeurs invétérés et autres maniaques jouant avec les allumettes Ne mettent le feu à mes quelques arpents d’écriture Qui ont illuminé mon blog en aparté Avec ses petits papiers Qui ne font pas de fumée
Author Archives: Jean Jacques Dorio
AVEC MES FORÊTS
Avec mes forêts je ne sais où donner Je fais bien des erreurs confondant le ginkgo Avec des variétés d’érables Je le compare ainsi au cornouiller Avec mes forêts qui poussent en moi couci cocagne Mes forêts de hêtres Celles du Non-Être Mes forêts des massacres d’Oradour sur Glane Celles du culte du dieu Pan Je fais bien des folies dans la forêt de cèdre où Gilgamesh frappe à mort son gardien Je les traîne sur mes vers Qui tombent un à un comme des glas Comme mes hypnographies à l’encre de Chine Je suis pin bénit pour les chênes Avec mes forêts de la fin de vie Un rêve de vieil enfant le stylo au doigt Je deviens l’arbre Je deviens le bois
LES ARBRES EN PEINTURE
Signac peint des pins rouges Mondrian des Compositions en noir Apollinaire fait grincer leurs cimes Qui se lamentent au vent d’autan Le beau pin-lyre de Giono chante la vie toute saignante des hommes Matsukaye Yu à l’ombre du pin d’Issa Au soleil de la vie qui s’en va
QUAND JE MOURRAI
Quand je mourrai Enterrez-moi Sous le bouleau De mon jardin d’été Et pas un mot S’il vous plaît Laissez la pierre De ma tombe Blanche Comme la feuille De mon poème Dernier
MEMORIAL D’UN ARBRE COUPÉ COURT
Un tronc de cinquante centimètres de haut représente tout l’arbre, mais quel arbre! J’étais par hasard adossé à lui, dans un pré, près du pont d’Hammersmith, enjambant la Tamise. Ma petite fille tournait autour jusqu’au moment où par hasard la voilà qui tombe, littéralement, sur cette inscription, incroyable à lire : This tree is a memorial to the dead of Hiroshima and Nagasaki. “ Cet arbre est en mémoire des morts d’Hiroshima et de Nagasaki.” Un jour peut-être, petite Alice, liras-tu ce texte maudit. Car ils furent maudits les enfants d’Hiroshima et de Nagasaki, ces deux jours d’août 1945, que la terreur atomique fit fondre sur le goudron de leurs cités, dans leurs maisons, dans leurs écoles. Mais en attendant, joue et tourne en toute innocence autour de l’arbre coupé court dans cette prairie. Londres jeudi 8 juin 2023.
