DES POÈMES

D’obscures clartés

En brasier des ombres

Je lis des poèmes

.

Floraisons fugaces

Semaisons, bonaces,

Viennent sous ma plume

.

Tout ce qui fait sens

À l’œil à l’oreille

Frisant le non-sens

.

Au grenier sans trêve

Je secoue mes rêves

J’abolis le temps

Nuit blanche sur la page

La main sans maître projette

Son alphabet des ombres

Jacqueline Saint-Jean

écrivant en vis-à-vis d’un carnet d’hypnographies tracées par JJ Dorio

un livre d’artiste imaginé le printemps et l’automne 2014

imprimé en 12 exemplaires

ÉCRITURES OPPOSÉES

L’écriture cocon

Cette première nuit

D’automne

Opposée à la cochonnerie d’écriture

d’Artaud le Momo

.

Assis dans un voltaire

À l’arrêt

Essayant de recoudre un monde

Qui se défait à vitesse grand V

Ou à Rodez chez les fadas

Des électrodes plantées

Dans le cerveau

.

L’écriture grand-père

Fantaisie assurée

Pour mes cinq petits enfants

Tant que blanchissent mes cheveux

Ou bien le livre de l’intranquillité

De Pessoa sans descendants

S’inventant des personnages de papier

.

L’écriture sur le quai aux fleurs

Où vécut Vladimir Jankélévitch

Qui dut dans la douleur

Reconstruire son appartement

Dévasté par la peste brune

.

L’écriture dans mon jardin

Perché sur mes amandiers

En essayant de tenir à l’écart

Tout ce qui gâche nos mots

Quand ils filent le coton noir

D’un monde déglingué

DES LIGNES

Je lis des lignes

Qu’au fur et à mesure

J’oublie

Je bats le temps

Le tempo de la Jazz

O Man Maman

La manne jazzwoman

Billie

Et l’argot blanc

.

T’as pas eu la douleur

De perdre comme moi

Un magnifique être vivant

Mon épouse

Dont onze ans après

J’ai toujours le blues

.

Je l’écris

Ligne a ligne

Ce 22 septembre

Une chanson

Si triste

L’automne

D’une vie

Au diable

Vous partîtes

UNE LECTRICE

Les yeux de la lectrice :

-Plaignez-moi disent-ils

Je ne sais pas où va m’entraîner

Ce disciple de Saussure

(c’est pour elle comme un caillou dans sa chaussure)

.

Les pages se suivent

Notre lectrice est de moins en moins rassurée

On la sent même dépitée

– Comment se dit-elle

Je suis une des rares Pénélope à retisser pour autrui les pensées de ce phraseur pour le moins évanescentes

Et voilà que ce freluquet

Oublie la règle élémentaire du bon romancier :

Ne jamais faire douter son lecteur de son imagination

De sa capacité à participer

À la matrice mouvante

D’un monde créé par le langage

.

(On ne sait pas ce que pense de cette scène notre saussurien

Aux dernières nouvelles on l’aurait vu les mains blanchies de craie

Réécrire une théorie tournant le dos à son système initial)

ESSAIS

Tu écris toi aussi sans cesse tes essais

Nulle prétention à la majuscule du maître incontesté en la matière

Tes essais sont de petites pièces destinées en priorité à ceux et celles qui t’ont connu et qui pourront les reprendre après ta disparition

Ça durera peu mais ça aura été

(Jankélévitch appelait ce phénomène mystérieux notre viatique pour l’éternité)