LES ENFANTS SE CASSENT

tu dis – les enfants aujourd’hui
un peu partout se cassent…
-Normal ils sont fragiles non ?

Daniel Biga



Ils sont fragiles parce que…

l’écran les prive de monter aux arbres
internet les interne dans des jeux vidés
Ô de danses sur le volcan !

l’école les laisse des jours entiers Assis
de vrais petits amours de chaises en lisière 1

Les enfants aujourd’hui
Donnez-leur s’il vous plaît
Ma Bohème et ses rimes le long des routes
Des fugues sur des bateaux ivres d’Amazonie 
Et de recherche de l’infini

Des enfants éveillés résistants
Pour qu’un peu partout
Ils se cassent !

LA QUÊTE





Comme il était difficile de serrer de près les choses !
La matière passait de la joie diffuse à une sorte de tristesse sourde.
Tout durait et restait peuplé d’attente.

Jean Follain
Exister 


Je poursuis la quête
Mais sans sébile
La quête des poèmes lus
Quand dort la ville
Et que je transforme
Au fur et à mesure
Moderato cantabile

Je poursuis la manière
De faire ainsi place nette
À mes pièces encombrées
De trop de livres
Qui vont rejoindre des cartons
Comme des tombes de temples
Enfouis sous le sable

Je poursuis l’énigme
En enclenchant la roue de Fortune
Des cycles d’une vie singulière
Où l’on fuit la menteuse
Et cruelle illusion du bonheur 1

Je poursuis la quête
De nos capacités
À nous renouveler


1 George Sand

EXIGENCES ET VERTUS DE POÉSIE





Une poésie de vie, tout autre chose que cette fade vie poétique que s’obstinent à défendre tant de « romantiques » attardés  dans leurs tours d’ivoire et de bêton.

Julio Cortázar 


Les gens jeunes ont des velléités d’écrire des poèmes
Et puis quand ils grandissent
On leur fait croire
Qu’il faut être un guerrier
Et non manifester sa vulnérabilité

Les gens jeunes vieillissent vite
Ayant brisé le monde 
Par leur hubris
Ignorants des exigences et des vertus
De Poésie

Nous avons besoin de poésie pour nous libérer de la guerre des dieux,
pour déclarer notre amour,
pour nous guérir,
et aussi pour comprendre ce qui se passe à l'intérieur de notre langage.

Michel Butor

C’ÉTAIT LE BON TEMPS DE LA VIE





Fougères d’étoiles dans la nuit des pierres
Dans l’eau le sang des azalées rougit les nénuphars
Sur terre je change des rubis en grappes de groseilles
Tout est bon à ma jonglerie

Composition à partir de poèmes brefs de Jean Orizet (1937-…) 



C’était le bon temps de la vie
Quand pour le livre de poche jeunesse
70 poètes offraient leurs bouquets
de Caprices de l’air Trésors de la terre
Paysages de l’eau Mystères du feu 1

C’était, comme il n’est pas permis, 
des bulles de savants des rimes et des vers,
Savants pour rire et pour chanter
La pluie sur les galets, le vent sur les dunes,
La fée électricité, l’encre sur les feuillets.

C’était pour les nenfants, les nymphes et pour maman
Qui d’une graine fécondée avait fait petit bout d’homme,
Femme belle comme Vénus, l’étoile des bergers et des petits Jésus,
Des Jeanne et des Marie et de tout ce que j’ai su
À l’école où l’on m’apprit à réciter Demain dès l’aube
Dame souris trotte les Effarés et les poèmes en coq à l’âne de Prévert.

C’était le bon temps de la vie 
Quand l’on croyait au Paradis
Sur terre et mer, l’air de ne pas y toucher,
L’amour de la liberté, l’égalité et la fraternité.

C’était trop beau pour être vrai
C’était avant que la terre ne souffre ses pires calamités
Que le vent souffle son CO2
Que la mer agonise
Et que les enfants crient à tue-tête
Assez ! Assez !



1	Poèmes inédits choisis par Jacques Charpentreau (1928-2016)