MES LECTEURS


Ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes.

Oui, mais comment, chère lectrice, cher lecteur, lire en toi-même, si ce n’est en lisant ton livre de signes inconnus, si ce n’est en écrivant pour toi-même, à ta manière,
après avoir été stimulé par le poème sous tes yeux, dont tu t’évades pour t’adonner à la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, (celle de) la littérature.

Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez « l’artiste ». Mais ils ne la voient pas, parce qu’ils ne cherchent pas à l’éclaircir.

En italique des extraits du Temps retrouvé.

NOUVELLE NAISSANCE et PARADIGME INTÉRIEUR courriel 101

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

101

R.G à P.B.

UNE NOUVELLE NAISSANCE

La vérité est que j’ai été profondément atteint par la plus grande tentation protéenne de l’homme : celle de la multiplicité. Une fringale de vie, sous toutes ses formes et dans toutes ses possibilités que chaque saveur goûtée ne faisait que creuser davantage. Dans un tel contexte psychologique, la venue au monde, la courte vie et la mort d’Émile Ajar, (furent) une nouvelle naissance. Je recommençais, tout m’était donné encore une fois. J’avais l’illusion d’une nouvelle création de moi-même par moi-même.

P.B. à R.G.

LE PARADIGME INTÉRIEUR

Au sein du même paradigme d’une communauté de pensée possible, il y a quelque chose qui vient nous séparer de manière irréductible. Et ce quelque chose c’est précisément la place du sujet. François Roustang a écrit que le but de l’analyse était de conduire chaque analysant au point où il expérimente l’incompréhension de son psychanalyste. La formule me paraît très juste, il y a un moment dans l’analyse où on réalise qu’on a suffisamment compris sur soi, qu’on est arrivé à un point où l’autre ne peut nous comprendre et que ce n’est pas la peine de continuer. C’est ce point que je désigne avec l’idée de paradigme intérieur.

R.G.  (21 mai 1914-2 décembre 1980) Il se présentait lui-même comme un caméléon, usant d’un pseudo il obtint deux fois le prix Goncourt.

P.B. (2 décembre 1954- …) Il avait 26 ans quand son correspondant d’un jour s’suicida. Un chercheur qui pose ses livres comme autant de mines : du Plagiat par anticipation à Je sommes plusieurs (son dernier en 2025)

UN AUTRE

Pastiche

Je me suis toujours été un autre

Poussé par un besoin de création

Plus fort que tous les découragements

.

Comme Madame Rosa

De La vie devant soi

Ce poème aurait mérité

Un ascenseur

.

Et d’ailleurs on aurait pu ajouter :

Au-delà de cette limite

Votre poème n’est plus valable

.

Mais alors j’aurais répliqué :

De l’écrire

Ça m’a bien amusé !

DISPARITIONS XIX Jacques R.

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

L
es fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

128/134

129

SONNET DU FEU FOLLET

Tu te sers des poèmes comme d’un élixir

Leurs images leurs ellipses et bien sûr leurs

Enjambements. Tu sais bien que tout ce bazar

S’est initié dans une école de première

.

Celle qu’on appelle encore la primaire

Celle où tu disais tremblant et de mémoire

« C’est un trou de verdure où chante une rivière »

Et le cancre sauvé de honte par l’oiseau lyre

.

Tu te souviens du pré vénéneux de colchiques

« Les vaches y paissant lentement s’empoisonnent »

Tu en as bien d’autres encore que tu récites

.

Dans ta tête la nuit comme des chapelets

Ce sont tes amers tes balises tes voyages

En ces pays où, feu follet, tu disparais… 

OUBLIEUSE MÉMOIRE 142/146

Le temps bifurque perpétuellement vers d’innombrables futurs passés

142

Tu te souviens d’une nuit passée au moulin de Jezeau (Hautes Pyrénées) où ton ami Brugeilles traça 12 encres illustrant ton premier livre de poèmes publié chez JP Oswald en 1975 Itinéraires

143

Tu te souviens du tatou filant dans le llano du Venezuela, aperçu depuis la plateforme d’un camion, qui vous déposa avec ton autre ami Michel Perrin, près de la zone où vivaient les indiens Panarés

144

Tu te souviens de la mer en allée avec le soleil, l’éternité selon Arthur Rimbaud et Pierrot le fou

145

Tu te souviens d’Amanda de Victor Jarra,la sonrisa ancha, la lluvia en el pelo , corriendo a la fabrica donde trabaja Manuel

146

Tu te souviens de ton autre livre publié par Librairie Galerie Racine, rue Racine, à deux pas du théâtre de l’Odéon, que par un tour de passe-passe tu as intitulé Une minute d’éternité