LIRE AU LIT

Lire au lit l’ironie pont aux ânes des revuistes
lire au lit les yeux fermés rêvant de ce je ne sais quoi et de ce presque rien
lire au lit de la fiction de la friction de l’affliction de l’émotion
lire au lit lirola tirouit de l’alouette et vrilles du rossignol
lire au lit cette ligne paradoxale que quelqu’un écrivit avant toi
lire au lit un passage à haute voix pour celle qui à tes côtés lit aussi
lire au lit des aveux des avis des avertissements des points sur les i
lire au lit des poètes baroques des perles ignorées
lire au lit en levant la tête seul sans paroles sans bouger au ralenti
lire au lit un barbare en Asie illustré par des encres de Zao Wou-Ki
lire au lit des histoires rongées par le remords l’écoulement du temps

lire au lit de la philosophie l’inquiétude vitale la quiétude des sages
lire au lit ces carnets d’une vie que j’ai écrits bon an mal an jusqu'à mes quatre fois vingt ans
lire au lit nos livres de chevet qui se cachent dans un nocturne infini

UNE FORME A PASSÉ

pour les enfants et pour les raffinés
comme disait monsieur Max Jacob

Je ne dors pas dit l’insomniaque qui tourne en rond
Tiens j’ai écrit un alexandrin dit Machin
Il entend le vent de mer qui fait la farandole


Je ne dors pas je ne dors pas je ne dors pas
Faudrait mon cher faire survenir autre chose
Faire l’original
Pousser la porte absente

Une ancienne figure me souffle un lettré
Un autre en rajoute : plagiat anticipé !
Je laisse là mes vers bien trop alambiqués
Colloque sentimental d’une forme passée


À LIVRE OUVERT



À livre ouvert mais sans trop de pouvoir sur ces lignes qui se déroulent et s’échappent comme des serpents

À livre ouvert faisant crisser les mots gros-gras-grand-grain-d’orge qui nous remettent en tête nos années théâtre en Mai 68 où nous chauffions nos voix d'acteurs amateurs

À livre ouvert aux aurores rose du ciel comme avant une journée d'été brûlante

À livre ouvert pages arrachées et qui s’envolent capricieuses offertes à notre humaine condition qui en ces temps crépusculaires aiment plus que jamais célébrer les couleurs les lumières et les sons
Hans Reichel (9 août 1892-7 décembre 1958) 
Composition 1954
aquarelle et encre de Chine sur papier
19,3x27,3 cm
découvert avec enthousiasme au musée de Lodève ce 12 juin 2025

LIGNES IGNORÉES

Lignes ignorées

Traces uniques éphémères

Reprises de pensées qu’on avait oubliées

.

Après huit jours de balades

Je retrouve mon pieu

Où je prose cette ballade

Mes manies d’écriture

Après un premier somme

.

Je retrouve en somme

L’éphémère quotidien de nos nuits

Où nous rêvons éveillés

Cherchant obstinément

Les mots pour le dire

.

Avec toi qui me lis

En prolongeant j’espère

Ce qui parle dans ta tête

Et toi qui ne fais que passer

Sur ces lignes nouvelles

Des profanes ignorées

.

Martigues 12 juin 2025

LE MONDE S’ÉCRABOUILLE

Le mode s’écrabouille, se trucide, se déchire et toi tu continues, ignoré de Balzac et des lecteurs futiles, à produire tes vers de mirliton, faisant tourner à qui mieux mieux ta toton, toupie d’un rituel d’oubli des sinistres réalités.

Oui, mais, aussi, cependant, travailler la métaphore vive, ne pas admettre sa perte, persister dans ce chant baroque des piétinements, basse continue et oxymorons, au grand dam des écrabouilleurs en tout genre, des trucideurs, des faiseurs de guerres infâmes,

Coeur d’amour épris, écrit Matisse fatigué, finissant, en découpant ses papiers de couleur, oiseaux du jazz, signes en verve, manière pour quelques secondes précieuses de réparer les maux du monde, et d’en éloigner jusqu’au bout, les amoureux fervents et les savants austères.

Millau la nuit du 11 juin 2025