POÈME À DIRE ET À PENSER

Poème à dire absolument

Bouche ouverte et bouche fermée

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Poème à dire mentalement

Comme un exercice de pensée

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Poème écrit comme à présent

Avec son index sur le smartphone

Guidé par un poème revisité

Publié dans le recueil

La nostalgie du présent

467e Encres Vives

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Poème à faire sans y penser

Dans la nuit noire

Ou aux aurores

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Poèmes perdus et retrouvés

Dans des livres d’école

Du siècle précédent

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Poème de Personne

De Pessoa

Maître du desassosego

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Poème intranquille

De la sérénité

L’ARIZE

La rivière de mon village

N’est dans aucune anthologie

Ni Nil

Garonne

Ni Don

Neckar

Tamise

Meuse

Ni Seine

Amazone

Mais c’est ma rivière

Où j’ai appris à nager

Pêcher Rêver

Où j’ai été sa forme changeante

Et ses couleurs

Elle sort cette nuit de mon lit

Et fait ses ricochets

Arize Arize Arize

De rive à rive

De berge à berge

Comme une gravure

Qui mord et creuse

Ce poème électrique

À contre-courant

Ni Nil

Ni Don

Mais de toutes les rivières du monde

Mon bel affluent

POUR MÉMOIRE 11 à 15

Je me souviens des vers luisants qui s’éclairaient les nuits d’été sur le mur en pierre de rivière de notre jardin

Je me souviens des taons attirés par les bœufs que mon père joignait pour aller aux champs les soirs de canicule

Je me souviens que ma mère leur faisait au crochet des pièces de coton que l’on mettait devant leurs yeux et leurs museaux

Je me souviens de mon grand-père Vidal qui me faisait sauter sur ses genoux en chantant : à dada, au pas, au trot, au galop…

Je me souviens des ricochets que je faisais sous la chaussée de la rivière Arize la bien nommée

MAI 68 un commencement qui n’en finit pas

MAI 68 UN ROMAN

Séquence 11

LES MUSES DE MAI 68

  DU COUP AVEC LES MUSES DE MAI qui ont quitté la scène depuis 68 On renaît par milliers dans la besace des commémorations décennales On nous avait bien caché les ouvrières et les ouvriers On travaille à feu continu…nos ulcères fleurissent chante Colette Magny pour ceux et celles de la Rodia

Du coup on est tombé sur un o.s. qui en avait assez au premier chef des chefaillons

Du coup à force d’entendre Devos répéter son sketch à quand les vacances à Caen les vacances Ça a mis la puce à l’oreille des ouvriers spécialisés de quelques usines du Calvados

Du coup répétition générale anticipée entre crosses et grenades CRS face aux mutins caennais

Du coup et blessures après la répression-répression on entend une voix qui donne le titre au film de Chris Marker et qui annonce la couleur du cinéma effervescent de Mai : À BIENTÔT J’ESPÈRE

QUE RESTE-T-IL DES VOIX QUI SE SONT TUES ?courriel 69

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

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R. à P.

Que tu sois environné par le chant d’une lampe ou par la voix de la tempête, par le souffle du soir ou le gémissement de la mer, toujours veille derrière toi une vaste mélodie, tissée de mille voix, où de temps à autre seulement ton solo trouve place.

P. à R.

Dès que quelqu’un est mort, une rapide synthèse de sa vie à peine conclue se réalise. Des milliards d’actes, expressions, sons, voix, paroles, tombent dans le néant.

Mais quelques-unes de ces phrases résistent, comme par miracle, s’inscrivent dans la mémoire comme des épigraphes, restent suspendues dans la lumière d’un matin, dans les douces ténèbres d’une soirée, la femme et les amis pleurent en se les rappelant.

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R. (4 décembre 1875-29 décembre 1926) Né à Prague, il écrivit des poèmes en français et même des lettres à un jeune poète.

P. (5 mars 1922-2 novembre 1975) Créateur multiple cet italien fit de Théorème un film, d’Orgia une pièce de théâtre, écrivit des poèmes et des pamphlets qui lui valurent maints procès et une fin tragique.