LE SANG DES CERISES

Pendant très longtemps
Je ne me suis saoulé de cerises
Que sur l’arbre perché

Les disputant aux oiseaux
Recrachant leurs noyaux
Et même, parfois, ivre
Du sang du cerisier,
Je m’y endormais
En rêvant d’une Belle
À qui je faisais deux pendants
Autour de ses fines oreilles

(je n’irai pas jusqu’à écrire
Que nous jouions à la marelle
Cerisiers roses et pommiers blancs)























ICI JE ME TIENS

ICI JE ME TIENS

J’ay un dictionnaire tout à part moi Je passe le temps…quand il est mauvais et incommode Quand il est bon Je ne veux le passer Je m’y tiens Montaigne   -Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? – Cette nuit j’ai rempli la pénultième carte cartonnée de couleur bleue de notre série : Alors qu’est-ce ce que tu as écrit cette nuit ? Cherchant comme toutes ces nuits-là, à mettre en forme l’informe qui traverse mes écrits, le tout d’un lieu unique où je puis écrire sans barguigner « Ici je me tiens ». Je me tiens alors que tout autour de nous semble se défaire, le climat, la planète, la politique et jusqu’à ce retour insensé de la guerre en Europe. Violence des images et douceur du papier Livres livrés au gros sel sur les plaies Le sable de la haine dans les yeux de ceux qui alimentent les réseaux asociaux Ici contre vents et marées où je fais mes gammes pour tenir droit (La Gamme en forme de petit opéra fut composée par Marin Marais en 1723, à l’âge de 67 ans.) Ici, en ce jour dernier de mai 2023, en sursis de rêves perdus et soudain retrouvés dans un mot que je déclinais jadis naguère en 4 recueils de 16 pages A4 * pour 4 lecteurs, comme l’on dit des chats, Reconnaissance du Paradis, le jardin clos des persans qu’ils nommaient paridaisa. Ces quatre recueils dont j’aurais voulu faire un gros grand livre et ses trésors de labyrinthe en utopie, inépuisables allégories comme une partition musicale aléatoire et combinatoire, comme un tableau monotype ou la non-figuration nous emporte dans les sous-bois des pré-textes, sous-textes, hors-textes. Hasards en lutte avec Harmonie. Un gros grand livre sur et dans ma tête en vision simultanée, réduit maintenant à cet exercice dérisoire, ridicule, atypique, écrit sur une feuille de filtre à café, mais « suffisamment pour ouvrir les yeux », à ceux et celles qui aiment le désordre des signes en rotation, qui creusent labyrinthes, jardins, éphémères paradis. « Présents de Paradis », « Éphémère Paradis » « Lector in Paraiso », « Petites feuilles de Paradis » Encres Vives (collection Encres Blanches) Jean Jacques Dorio

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

AUGUSTE RETRAITE QUE RIEN NE T’ARRÊTE

QUE RIEN NE T’ARRÊTE AUGUSTE RETRAITE

-Alors, qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? – J’ai beaucoup écrit sur différents formats, de diverses manières, multiples inspirations. Écrire est avant tout une pratique : explication, exécution, mise en action des règles, des principes d’une science, d’une technique d’un art, par opposition à la théorie. Et plus particulièrement l’art en question, l’Écriture, a besoin de ce petit instrument fragile et subtil, naguère un porte-plume, aujourd’hui, en ce qui me concerne, une pointe fine, qui réclame qu’on la manipule avec légèreté. Une pratique sans intention préalable de rencontrer un lecteur, si ce n’est le lecteur de soi-même Proust, exerçant un rituel d’actes répétés aboutissant à une page dont la reprise le lendemain depuis le clavier de l’ordinateur, donnera une nouvelle copie, « au propre » désormais, tant la conversion numérique facilite la tâche. (Entre parenthèse, quel plaisir ce fut d’acheter ma première machine à écrire et que de ratages, de cris et de chuchotements, quand les touches se coinçaient, les rubans se déchiraient.) -Allez, trêve de mise en perspective, donne-moi s’il te plaît, une petit bout de texte qui est sorti de ta pratique. –Retour en grâce du stylo qui écrit tout seul sur la grande page de l’insomnie heureuse, dans un temps qui paraît continu mais qui n’est que sauts et gambades (…) en parlant ainsi au papier ma main que Nature a fait vieillir se donne l’illusion d’un retour à Jeunesse « Je me suis dit laisse Et qu’on ne te voie Et sans la promesse De plus hautes joies Que rien ne t’arrête Auguste retraite Rimbaud Chanson de la plus haute tour

J’AI ÉCRIT BIEN DES VERS

J’AI ÉCRIT BIEN DES VERS à la manière de poètes connu.e.s et inconnu.e.s J’en ai même recopié quand j’étais adolescent sur des feuilles de tabac que mon père faisait sécher sur des cordes tendues de clocher en clocher J’ai écrit sur le pont romain de Saragosse en lisant un été la vida del buscón (un roman picaresque pas piqué des vers) Un printemps sur Brooklyn Bridge j’ai écrit à côté d’un géant du jazz qui se prenait pour Saint Thomas J’ai écrit sur l’altiplano, les hauts-plateaux du Pérou, où l’on m’avait confié la clé d’une cahute en adobe, avec des crânes en provenance d’Incas factices et une cruche de chicha, leur maïs fermenté J’ai écrit dans le train qui me menait à Berlin Ouest au temps du mur, hérissé de barbelés, érigé par les camarades communistes de l’Est J’ai écrit comme un sourd parlant à des muets Aujourd’hui 30 mai 2023 j’écris cette dernière resucée, à une heure de la nuit avancée, sur mon bloc de papier, avant de transférer le tout, demain dès l’aube, sur poésie mode d’emploi, ce blog numérique que j’adresse aux rares lectrices et lecteurs-oiseaux de passage, en espérant qu’ils en prennent un peu de graines, pour les porter à leur tour et les faire proliférer, sur leur livre d’intimité